28 mai 2017 - Septième dimanche de Pâques Année A

Je n’en reviens pas !

Actes 1,12-14 - Psaume 26,1.4.7-8 - 1 Pierre 4,13-16 - Jean 17,1b-11a
dimanche 28 mai 2017.
 

Belle expression française pour dire que la surprise demeure au lieu de se dissiper. Je me souviens d’une jeune femme qui me confiait « n’en revenir toujours pas » d’avoir épousé celui que son cœur désirait par-dessus tout et à qui elle avait donné depuis plusieurs enfants.

Un sentiment semblable doit envahir les Apôtres en écoutant Jésus prier son Père comme nous venons de l’entendre. C’est à leur sujet que Jésus affirme : « Ils ont vraiment reconnu que je suis sorti de toi, et ils ont cru que tu m’as envoyé. » Or, nous savons à quel point leur foi est fragile, puisqu’ils vont être dispersés par la tempête de la Passion. Pierre lui-même reniera le Seigneur par trois fois. D’ailleurs, tout l’évangile de Jean nous montre à quel point les auditeurs de Jésus échouent à entrer dans la plénitude de la foi en lui.

Comment, dès lors, faut-il comprendre cette assurance du Christ à la veille de sa Passion ? Sans doute comme un « parfait prophétique » : une œuvre de Dieu sera sûrement achevée puisqu’elle est déjà réalisée en germe dans le présent. Ainsi, Jésus sait que son ministère auprès des siens n’a pas été vain et que, passé l’épreuve et l’heure des ténèbres, ses Apôtres fortifiés par l’Esprit Saint porteront le témoignage de la foi jusqu’au martyre. En effet, malgré leurs manques, les Apôtres ont vraiment « reçu les paroles » que le Père a données au Fils pour qu’il leur en fasse part. Elles sont accueillies et gravées en eux de manière indélébile et Jésus sait que leur défaillance ne sera qu’un triomphe passager de l’Ennemi car il ne parviendra pas pour autant à les arracher de leur cœur. N’en va-t-il pas de même pour nous, frères ?

Je ne sais pas vous, mais moi j’ai toujours cru que j’avais la foi. Pourtant, je mesure aujourd’hui mieux qu’hier à quel point cette foi réelle se trouve souvent obscurcie et blessée par toutes sortes de défauts. En effet, « tout péché est incrédulité », dit l’Apôtre. Et qui de nous est sans péché ? Qui de nous serait exempt d’orgueil ou d’égoïsme au point qu’il puisse se targuer de perfection dans son acte de foi ?

Le Seigneur qui le sait, c’est lui qui vient en aide à notre faiblesse pour affirmer malgré tout notre foi et notre amour, comme il le fit pour Pierre après son reniement. Lui sait que « ni la mort ni le péché ne sauraient nous arracher à l’amour qui vient de lui ». Car sa Parole est entrée dans notre cœur à tout jamais : elle nous a blessés d’amour et nous n’en reviendrons pas. Nous n’en revenons pas de la surprise de sa fidélité malgré nos infidélités, en ces temps de pèlerinage et de tribulations où nous sommes parfois si indignes de sa grâce que nous ne pouvons compter que sur elle pour nous relever.

Le croyant est un disciple qui se sait inaccompli dans la foi, mais gardé par le Seigneur. S’il croit que le Fils l’a reçu du Père et qu’il le tient ferme en sa main pleine d’amour, sa foi est parfaite, dans l’Esprit Saint, en la Trinité sainte. Là est la gloire du Fils de Dieu et de son Père : l’homme vivant pour l’éternité par la grâce de la foi en celui qui l’a sauvé.

Le Seigneur atteste que nous sommes de ceux que le Père a pris dans le monde pour les lui donner : qu’il nous garde de jamais revenir de notre acceptation de cette adoption. Que notre action de grâce en ce monde soit la parfaite prophétie de notre éternité d’amour dans le monde à venir au cœur de Dieu.