Dimanche 11 juin 2017 - La Sainte Trinité Année A - Première communion des enfants du catéchisme

Quel est votre rêve le plus fou ?

Exode 34,4b-6.8-9 - Cantique Daniel 3,52-56 - 2 Corinthiens 13,11-13 - Jean 3,16-18
dimanche 11 juin 2017.
 

Les rêves des parents se portent sur les enfants, souvent ; quant aux enfants, ils rêvent secrètement de faire la fierté de leurs parents. Et parfois ces rêves sont un peu fous : devenir une star ou un chef à trois plumes, avec la gloire, la richesse et le pouvoir, bien sûr ! D’où nous vient cette ambition ? Peut-être de notre première expérience : chacun, dans le ventre de sa mère, était le roi, la reine, tout puissant, invulnérable et parfaitement satisfait ; un petit dieu, en somme.

Évidemment, après la naissance sont venues les mauvaises surprises. La faim, en particulier, quelle angoisse ! Les cris déchirants du nourrisson affamé trahissent l’illusion qui le berçait et l’immense déception de l’avoir perdue. Jusqu’au moment où le plaisir formidable de la tétée vient la restaurer. En attendant que se manifestent les troubles d’une digestion difficile à mettre en route. Puis que cela se calme et qu’on éprouve à quel point cela fait du bien quand ça s’arrête. En bref, nous avons tous commencé bipolaires : en haut nous nous prenons pour Dieu, en bas nous nous sentons comme rien.

Parfois Dieu et parfois rien, c’est ce qu’exprime le livre de la Genèse quand il parle de l’arbre de l’expérience du bon et du mauvais. Au milieu du Jardin, Dieu avait mis l’arbre de vie, c’est-à-dire l’offre faite à l’homme de vivre son bonheur parfait avec lui et en lui. Mais, sur la suggestion du Mauvais, il a pensé que c’était un piège, et il a voulu s’emparer de son bonheur malgré Dieu et contre lui : quelle erreur ! Le départ du péché, c’est vouloir être Dieu à la place de Dieu, et cela conduit sûrement au malheur.

Alors, que faire ? La réponse païenne est que la sagesse veut mieux que la folie. Entre Dieu et rien, il y a de la place, et même beaucoup de places. L’important, c’est de se faire la sienne et de la tenir. « In medio stat virtus », en somme, ce qui n’est pas l’éloge de la médiocrité mais l’encouragement à la fermeté contre les tentations extrêmes de l’orgueil et du dégoût de soi.

Mais l’espérance chrétienne a plus d’ambition : loin de renoncer au rêve des origines, elle le rend réalisable. Ou plutôt elle reconnaît que Dieu l’a rendu réalisable en envoyant son Fils pour sauver le monde qu’il a aimé à ce point. Le Christ, lui qui était dans la condition de Dieu, s’est fait rien comme nous pour nous rouvrir le Jardin et l’accès à l’Arbre de vie, afin de nous faire tout en lui.

La communion nous unit à la sainte Trinité, bienheureuse unité des Personnes dans l’Amour tout-puissant, et nous rend le goût de Dieu en ce monde où, dans notre folie, nous l’avons tenu pour rien. Les maîtres du soupçon ont dit que l’homme s’est imaginé Dieu selon ses désirs. Mais n’est-il pas plus raisonnable de penser que le Dieu Trinitaire a mis son image en l’homme, homme et femme, et donc aussi le désir d’un amour infini qui n’est autre que lui-même ?

Si vous croyez au Père qui met toute sa fierté en son Fils et au Fils qui ne veut que la gloire de son Père, les enfants, vous êtes portés par l’Esprit du Père et du Fils dans l’Amour qui les unit. Vous n’êtes plus inquiets de votre petitesse et de vos faiblesses car vous êtes aimés du Tout-puissant. La vie chrétienne, c’est se reconnaître et se faire rien avec Jésus - lui qui était dans la condition de Dieu s’est anéanti ! - par amour des autres, et être ainsi rendu tout en Dieu puisque Dieu est Amour. Tel est le Paradis sur terre en attendant de connaître la Vie en Dieu qui donnera ainsi raison à notre rêve le plus fou.