Dimanche 10 février 2002 - Cinquième Dimanche

Si vous avez des valeurs, mettez-les au coffre,

Isaïe 58,7-10 - 1 Corinthiens 2,1-5 - Matthieu 5,13-16
dimanche 10 février 2002.
 

Si vous avez des valeurs, mettez-les au coffre,

conclut le directeur de l’hôtel dans son mot d’accueil à toute la famille.

Qu’est-ce qu’il faut faire, demande le petit garçon, je n’ai pas compris. Eh bien, si l’on a des choses précieuses, des objets auxquels on tient beaucoup, il faut les donner au Monsieur qui les mettra à l’abri des voleurs et des méchants. Ah, dit le petit garçon, j’ai mon ours, mais je ne veux pas le donner au Monsieur ! C’est différent, lui explique-t-on, ton ours est important pour toi, mais là il s’agit de ce qui a de la valeur pour tout le monde.

Comme, par exemple, le sel dans les temps jadis. Quand on n’avait pas de frigorifiques, c’était le seul moyen de conserver les aliments, et donc la possibilité de se nourrir en tout temps, de ne pas mourir de faim à la mauvaise saison. Puisque le sel préservait de la corruption, on pensait qu’il pouvait aussi purifier. En somme, il sauvegardait et sauvait la vie. C’est pourquoi l’Écriture, au livre des Nombres, parle d’une "Alliance de sel".

Le sel était aussi un symbole de la sagesse, de cette intelligence créatrice par laquelle l’homme comprend, cultive, chante et gouverne son univers.

Vous êtes le sel de la terre, mes amis, vous êtes cette humanité qui est la meilleure part du monde et lui donne toute sa valeur.

Et si le sel se dénature ? Ou, plus littéralement selon le grec, s’il devient fou ? Alors l’égoïsme, l’orgueil, l’avidité et la malveillance se donnent libre cours, dégradant toute chose au monde et détruisant l’homme lui-même : il n’est plus bon à rien, il est jeté dehors, hors de l’Alliance que Dieu avait faite avec Adam lorsqu’il le créa à son image pour dominer et cultiver la terre avec amour et sagesse.

Lorsque l’homme eut mis le comble à ce malheur, tandis que les eaux allaient engloutir toute vie corrompue à la surface de la terre, Dieu dit à Noé : "Fais-toi un coffre." Vous avez entendu parler de l’Arche de Noé, mais c’est une erreur de traduction : Dieu a dit "Fais un coffre", et il en a précisé les dimensions. Or, voyez-vous, c’était exactement la forme d’un cercueil, d’un grand cercueil. En lui fut sauvé, à travers les eaux qui engloutirent toute vie, Noé avec tous les siens, afin que l’humanité ne fût pas perdue.

En effet, ce coffre préfigurait le corps de Jésus.

Cet homme, n’en doutez pas, fut le sel de son temps. Puissant en paroles et en actes, il enseignait avec autorité et passait en faisant le bien. Jésus, bien sûr, était un homme merveilleux. Alors, pourquoi fut-il rejeté ? Certainement pas parce qu’on l’aurait tenu pour malfaiteur ou méprisable. Au témoignage de l’Évangile, tout le monde l’admirait et lui-même demande à ses ennemis : "Pour quelle belle œuvre que j’ai accomplie parmi vous voulez-vous me lapider ?" La jalousie fut la cause de toute haine contre le Christ, jusqu’à ce qu’il fût crucifié. La jalousie du Mauvais, et puis l’orgueil, l’égoïsme et la peur qu’il inspire aux hommes.

Si vous voulez être disciples de Jésus, mes amis, vous devez comme lui vous efforcer de faire beaucoup de bien. Excellez ! Excellez en toute chose de valeur, selon vos talents et votre grâce. Comme tout homme, et plus qu’aucun autre, vous devez vous épanouir dans l’exercice fécond de vos merveilleuses facultés humaines, en sorte que vous produisiez toutes sortes d’œuvres belles, et que vous en deveniez vous-mêmes d’autant plus admirables. Mais surtout, afin que rien ne vienne perdre ou corrompre ce bien, confiez-le au corps de Jésus Christ qui est l’Église, mettez-le au coffre de l’Alliance éternelle qui est en son corps livré pour nous, en son sang versé pour le pardon de nos péchés.

Et s’il arrivait que, comme lui, vous soyez persécutés pour ce que vous aurez fait de bien, alors plus que jamais resplendira en vous la lumière de sa résurrection qui est l’espérance du salut pour la vie du monde.