Dimanche 16 juillet 2017 - 15e Dimanche Année A

Tous les invités au château entrent par la même allée

Isaïe 55,10-11 - Psaume 64,10-13.12b.14 - Romains 8,18-23 - Matthieu 13,1-23
dimanche 16 juillet 2017.
 

Ils viennent des quatre coins du canton et parcourent des chemins différents, mais qui les mènent à la même porte puisque leur destination est commune.

C’est ainsi que je comprends la curieuse décroissance des rendements annoncés par Jésus en conclusion de la parabole du semeur, et aussi de son interprétation : pourquoi « cent, ou soixante, ou trente pour un » plutôt que l’inverse, ce qui aurait marqué plus d’enthousiasme et d’espérance ?

La Parole est faite pour être comprise, là-dessus le Seigneur est catégorique. Or, n’y a-t-il pas plusieurs façons de comprendre ? D’ailleurs, pourquoi, sinon, notre évangile nous donnerait-il, après la parabole, une explication de texte ? Si l’interprétation était unique, il ne serait plus besoin de la parabole. Ici, Jésus nous donne un exemple, bon forcément puisque c’est lui qui le donne, mais moins bon, si j’ose dire, que la parabole elle-même puisqu’elle est riche de bien d’autres possibilités de commentaires.

Est-ce à dire que nous pourrions dire ce que nous voulons à partir du texte, voire n’importe quoi ? Hélas, cela doit bien arriver quelquefois, mais ce n’est certainement pas ce que veut le Seigneur. Au contraire, dans leur diversité, les commentaires respectueux de la Parole se signalent justement par leur convergence. Tous ne doivent-ils pas tendre à montrer comment cette parole de Dieu dit à sa manière l’unique mystère de Jésus Christ ? La voilà donc la grille du parc qui s’ouvre sur l’allée menant au château. Sans doute cent développements sont-ils légitimes sur un seul évangile, mais si l’on ne retient que ceux qui sont utiles, peut-être n’en restera-t-il que soixante. Et si l’on en retire le superflu, aura-t-on encore assez de matière pour trente ?

Mais, poussant mon raisonnement au bout, je vais tout ramener au seul kérygme, la brève annonce essentielle du salut en Jésus Christ, Fils de Dieu. Or, cette unique déclaration fondamentale se développe en quantité de paroles bonnes et nécessaires, ne serait-ce que pour rejoindre tous les hommes de toutes les époques à qui il revient de mettre la Parole en pratique. C’est pourquoi il convient sans doute, après être remonté à la source, de redescendre le courant de la fontaine jaillissante de grâce qui s’accroît et surabonde pour la prospérité et la joie de tous les vivants, comme l’eau coulant du côté droit du Temple.

Peut-être trouverons-nous là aussi la clef de l’autre paradoxe de notre évangile : pourquoi parler de façon à ne pas être compris ? La forme énigmatique force à une lecture plus attentive et elle creuse le désir d’une solution qui paraisse vraiment la bonne. Ainsi, en parlant en paraboles, le Christ stimule les paresseux, déjoue non sans miséricorde les résistances de ceux qui trouvent la vérité sans intérêt ou impossible à accepter, féconde et garde de s’égarer l’imagination des serviteurs zélés, touche la sensibilité de ceux qu’il faut un peu séduire et, enfin, nous convoque tous à la conversion sans laquelle personne ne peut ouvrir ses oreilles et son cœur à la parole du Seigneur.

Tous les invités au festin de la Parole qui s’est faite chair sont rejoints sur leurs chemins, si loin qu’ils se trouvent et en si mauvais pas, voire au milieu de pierres, de ronces et de mauvaises compagnies. Puis tous sont rassemblés pour passer par la porte unique qui est le Christ, afin d’entrer sur la voie Royale de l’Amour qui mène à la Maison du Père.