Dimanche 30 juillet 2017 - 17e Dimanche Année A

Réclamation

1 Rois 3,5.7-12 - Psaume 118,57.72.76-77.127-130 - Romains 8,28-30 - Matthieu 13,44-52
dimanche 30 juillet 2017.
 

Insatisfait du résultat de la transaction ou de la compétition, le plaignant saisit l’autorité compétente pour le contester et obtenir réparation. En particulier, il peut dénoncer la partie adverse comme n’ayant pas tenu ses engagements contractuels.

Les paraboles d’aujourd’hui évoquent des achats remarquables : un champ qui contient un trésor enterré et une perle si belle qu’elle vaut à elle seule toute la fortune de celui qui l’acquiert. Mais comment les acquéreurs pourraient-ils se plaindre, puisque l’un se trouve seul à savoir la valeur de ce qu’il achète et que l’autre agit en qualité de connaisseur professionnel.

Or, s’agissant ici du Royaume de Dieu, l’interprétation s’impose : il faut en discerner la présence cachée au milieu du monde et sa possession mérite que tout lui soit sacrifié. Nous pouvons penser en particulier à ceux qui choisissent la voie de la vie religieuse ou du sacerdoce. Dans ce cas, hélas, force est de reconnaître que beaucoup se retrouvent un jour en « sortie de route », et que certains alors se plaignent d’avoir été trompés sur la marchandise. Aux vocations religieuses, nous pouvons joindre celle du mariage pour laquelle les échecs ne sont pas moins fréquents ni douloureux. En tout cas, la facilité qui consisterait à rejeter a priori la faute sur les intéressés constituerait une grave injustice. Assurément, beaucoup se sont engagés en toute droiture sur le chemin où ils sont tombés et doivent être surtout considérés comme victimes. Mais auprès de qui doivent-ils déposer réclamation : auprès du Seigneur qui leur a brûlé le cœur en prêchant le Royaume ?

D’abord, il ne faut pas se tromper sur le sens de cette prédication : Jésus n’a pas promis que le désir de chacun serait certainement exaucé pour peu qu’il le mette au compte d’un appel présumé de Dieu. La responsabilité du discernement incombe aux autorités compétentes ainsi qu’aux intéressés eux-mêmes, et des erreurs peuvent être commises par les uns et par les autres ; cela, tant en matière de vocation religieuse que dans le cas de l’union conjugale.

Le Royaume, c’est le Seigneur lui-même et non quelque réalisation humaine que ce soit. Sa promesse porte sur sa propre indéfectible présence aux disciples qui se confient en lui, et sur la réponse fidèle que Dieu apportera à toutes leurs prières. En cela, et en cela seulement, se pose la question décisive : le Christ est-il ce trésor inestimable qui vaut plus que tout l’or du monde, cette perle incomparable devant laquelle l’orient de toute autre pâlit et s’efface ?

Chers amis, j’ai rencontré trop de gens qui se plaignaient d’avoir prié sans être exaucés, ou d’avoir demandé de croire et de n’avoir pas cru. J’ai vu aussi des personnes déclarant avoir perdu la foi, souvent celle de leur jeunesse ou de leur enfance, avec ou sans nostalgie. Mais personne ne m’a jamais dit : j’avais fait le choix du Christ, en connaissance de cause et de tout mon cœur, et il m’a trompé.

Dans l’Écriture, certes, nous voyons Jérémie se plaindre au Seigneur d’avoir été pour lui comme une ruisseau trompeur ; ou encore Job lui réclamer à cor et à cris les raisons d’un traitement injuste ; ou enfin le Christ lui-même soupirer sur la croix : pourquoi m’as-tu abandonné ? Mais d’abord ces justes s’adressent tous à Dieu lui-même et à nul autre : ils persévèrent dans la prière malgré l’atteinte du désespoir. Ensuite, aucun n’est laissé dans son épreuve sans que bientôt réponse ne lui soit donnée en récompense de cette fidélité ; et cette réponse est résurrectionnelle.

Considérons donc, frères, le témoignage de nos grands prédécesseurs, et par-dessus tout celui du Christ Seigneur. Et ajoutons le nôtre à celui de l’immense cohorte des martyrs. Sachons le faire avec humilité sans attendre une occasion éclatante. Ainsi, j’atteste devant vous, en reprenant les mots de sainte Thérèse d’Avila, que jamais ce bon capitaine de mon âme que j’ai élu en la personne de Jésus, ou plutôt qui m’a été donné par grâce, ne m’a déçu. Je le fais avec l’humilité de celui qui sait avoir bien peu souffert par rapport à beaucoup : j’ai été traité avec tant de mansuétude ! Mais chaque petit témoignage est grandement béni par celui dont la richesse d’amour est infinie.

En somme, si d’aventure vous aviez à réclamer, faites-le auprès des hommes dans la mesure de leurs compétences, ou bien auprès de Dieu dans le tête-à-tête de la prière fervente. Mais croyez bien que si vous avez choisi le trésor caché ou la perle incomparable, rien ne pourra vous en priver au jour de la manifestation de notre Seigneur Jésus Christ, le Saint de Dieu béni soit-il !