Dimanche 6 août 2017 - Fête de la Transfiguration du Seigneur

Brillant !

Daniel 7,9-10.13-14 - Psaume 96,1-2.4-5.6-9 - 2 Pierre 1,16-19 - Matthieu 17,1-9
dimanche 6 août 2017.
 

L’adjectif est flatteur, bien qu’il puisse aussi parfois se teinter d’une nuance réservée : tout ce qui brille n’est pas d’or. Peut-être est-ce pour cela que Marc et Luc évitent de noter dans l’épisode de la Transfiguration, comme le fait Matthieu aujourd’hui, que le visage de Jésus devint « brillant comme le soleil », ce que souligne le trait de l’évangile. Remarquons ici d’ailleurs que vous ne l’avez sans doute pas entendu proclamer à l’église en-dehors du carême depuis trente-neuf ans ; à condition encore que vous soyez assez âgé ! En effet, la dernière fois que le 6 août est tombé un dimanche de l’année A, c’était en 1978.

L’intention de l’évangéliste est sans doute d’inviter l’auditeur à rapprocher la figure du Christ de celle de Moïse. Ce dernier, après ses rencontres face-à-face avec le Seigneur, revenait vers le peuple avec un visage si rayonnant qu’il faisait peur à tous. Là se trouve d’ailleurs l’origine de sa curieuse représentation traditionnelle : une erreur de traduction a fait prendre les « rayons » émis par sa face pour des « cornes », les deux mots pouvant se confondre en hébreu. Ce faux-sens a pourtant fait fortune, car le symbolisme des cornes, qui expriment la puissance, convenait fort bien au formidable guide donné par Dieu à son peuple.

Pour Matthieu, ce point souligne un aspect essentiel de la révélation anticipée que constitue la Transfiguration : celui qui, dans sa Passion, n’aura « plus figure humaine » est pourtant bien le Maître éternel de l’Univers et le Seigneur de la Vie. « Douce est la lumière, et c’est un plaisir pour les yeux que la vue du soleil » dit Qohélet, l’Ecclésiaste. Oui, la vie est bonne à vivre, malgré toutes les douleurs, et nous le sentons bien lorsque nous avons failli la perdre. La jouissance de celui qui est la Vie même ne serait pas une joie, malgré les épreuves du chemin à sa suite ? Lui qui est la Lumière née de la Lumière ne serait pas la présence la plus douce ? Celui qui sera vainqueur de la mort par son sacrifice jusqu’à la mort non seulement donnera sa vie à nos corps mortels par la puissance de sa résurrection, mais encore revêt de son immortalité aussi bien les épreuves que les joies de ce temps pour ceux qui croient en lui, car tous les plaisirs de la vie ne peuvent mieux se goûter qu’en sa compagnie.

Au-delà des délices de la vie ordinaire, qui sont offerts plus purs, plus vifs et plus inattendus à ceux qui y ont renoncé à cause du Christ, il y a ceux que Dieu réserve à ses amis. La sainteté n’est-elle pas d’abord béatitude ? Ces mots évoquent souvent une vie de “mystique” faite d’expériences étranges et inquiétantes, un chemin incompréhensible et repoussant pour les gens simples et normaux. Pourtant, la sainteté est faite d’abord pour les gens simples, et elle est faite aussi pour les gens normaux. Elle doit inspirer le désir autant que l’étonnement.

Ne sommes-nous pas tous attirés par la connaissance de la vérité, surtout lorsqu’elle est cachée et difficile d’accès ? Les saints se régalent chaque jour de la parole de vérité qui leur est dispensée en abondance. N’avons-nous pas tous le goût de la vraie vertu, pour ce qu’elle nous vaut de prestige auprès des autres et pour ce qu’elle a de savoureux en elle-même ? Les saints sont sanctifiés merveilleusement, et leur vertu ainsi reçue comme grâce est délivrée, de surcroît, de tous les risques de l’orgueil et du mépris d’autrui. Ne cherchons-nous pas tous par-dessus tout l’amour en qui sont tous les délices ? Aux saints il est donné d’aimer sans limites, d’aimer chacun d’un amour sincère, libre et savoureux, et d’aimer Dieu à cœur perdu et retrouvé.

Bien sûr, le Christ qui nous est révélé en sa Transfiguration est celui qui marche vers sa Passion. Mais il est aussi celui qui goûte et manifeste d’avance la Résurrection et l’Ascension dans le ciel comme le grand bonheur pour lequel nous avons tous été faits.

C’est pourquoi Dieu qui nous appelle à écouter son Fils bien-aimé nous dissuade aussi de chercher ailleurs qu’en lui, dans les prestiges de ce que le monde tient pour brillant, le vrai soleil qui peut briller sur nos vies aujourd’hui et pour toujours.