Mardi 15 août 2017 - Assomption de la Vierge Marie

La gloire de ma mère

Apocalypse 11,19 et 12,1-6.10 - Psaume 44,11-16 - 1 Corinthiens 15,20-27a - Luc 1,39-56
mardi 15 août 2017.
 

Parmi ses souvenirs d’enfance, c’est surtout la figure de ses parents que Marcel Pagnol voulut magnifier dans un premier roman qui rencontra d’emblée le succès. La « gloire de son père », bien plus que son maigre exploit à la chasse relaté à la fin du livre, fut donc la renommée de son fils écrivain. Sans lui, qui eût admiré cet homme, sûrement estimable mais destiné à rester un illustre inconnu ?

En cette Eucharistie nous fêtons, comme toujours le Seigneur Jésus ; mais plus particulièrement aujourd’hui la gloire de sa mère. Or, elle aussi vécut une existence assez obscure : seulement après la fin de sa vie terrestre advint le triomphe de son Assomption. En cela encore elle se montra parfaite disciple du Christ, lui qui termina sa course par le rejet et la mort sur la croix avant de pouvoir siéger à la droite du Père en passant par sa résurrection et son ascension. Mais sans les évangélistes, ces écrivains qui ont dit leur histoire, quelle serait leur gloire ?

En fait, pensez-vous que Jésus serait aujourd’hui l’homme le plus connu du monde s’il n’était vraiment ressuscité et monté au ciel ? Et, sans l’Assomption, Marie serait-elle la femme la plus invoquée par des multitudes de priants pleins d’amour pour elle et de confiance en son intercession comme nous ici ce matin ? Je ne dis pas que c’est une preuve de la vérité des dogmes catholiques, mais c’est une sérieuse présomption, non ? En tout cas, c’est un motif de réflexion qui ne peut se balayer d’un revers de main. D’ailleurs, il n’est pas inutile, pour nous les croyants, de le prendre en considération dans nos moments de peu de foi ; car nous en avons, n’est-ce pas, des hauts et des bas de la foi ?

Justement, en revanche, Marie est louée dans l’évangile d’aujourd’hui pour sa foi parfaite : « Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur. » Au fait, de quelles paroles s’agit-il, sinon de celles que l’Ange de l’Annonciation lui a adressées, en particulier au sujet de sa vieille parente ? C’est bien parce qu’elle y a cru qu’elle s’est mise en route aussitôt et qu’elle se trouve là devant Élisabeth. Mais le plus important était avant : ce qui concernait sa propre maternité et celui qu’elle allait mettre au monde.

Tiens, sauriez-vous dire de mémoire ce que l’Ange a exactement annoncé à Marie ? Bien qu’ayant entendu cet évangile cent fois, vous séchez peut-être. Il lui révèle que son Fils recevra le trône de son père David, qu’il sera roi sur Juda et sur toute la maison de Jacob, c’est-à-dire Israël. Ensuite, après la fameuse question de Marie qui souligne que la conception sera virginale, l’Ange précise que l’Esprit Saint, sera à l’origine de cet engendrement, « c’est pourquoi cet enfant sera saint, il sera appelé Fils de Dieu ».

Ainsi, la prophétie recueillie par la vierge de Nazareth était que son fils deviendrait roi, et elle, donc, reine-mère. Elle y a cru en vivant humblement son existence d’épouse et mère villageoise courageuse et dure à la peine tandis que son fils devenait charpentier comme son père sur la terre. Elle y a cru quand ce dernier, devenu célèbre, refusait de se laisser porter au trône par le peuple enthousiaste et que finalement il se faisait rejeter et châtier comme un malfaiteur. Non, elle n’a pas goûté à la gloire de ce monde, cette Vierge bénie, mais sa foi n’a pas failli : voilà l’exemple qu’elle nous donne aujourd’hui, en cette fête de son exaltation dans la gloire de Dieu.

On peut se demander ce que signifie la formulation officielle : « À la fin de sa vie terrestre, Marie fut accueillie corps et âme dans la gloire de Dieu » et rester perplexe, cela n’empêche pas de prier la Vierge de tout son cœur. Je suis sûr que bien des sceptiques le font bravement ! L’essentiel n’est-il pas la communion de foi en profondeur dans la prière et l’effort de mener sa vie selon l’Évangile ?

Choisir quotidiennement l’amour et la fidélité au Christ plutôt que l’argent, le pouvoir et l’admiration des hommes est l’humble témoignage d’innombrables hommes et femmes qui, souvent pour cela d’ailleurs, passent pour insignifiants aux yeux du monde. Pourtant, comme la Vierge Marie et son divin Fils lui-même, par-delà leur existence terrestre plus ou moins obscure, ils brillent déjà dans le ciel au regard des anges. Et la sainteté de tous ces petits ignorés du monde mais enfants bien-aimés de Dieu éclatera au grand jour lors de la venue du Seigneur.

Alors, ils seront accueillis dans la même gloire que la Mère de Dieu, notre mère à tous par la grâce de Jésus Christ notre Sauveur.