Dimanche 20 août 2017 - 20e Dimanche Année A - À St-Pierre du Mont - non prononcée

Que croyez-vous au juste ?

Isaïe 56,1.6-7 - Psaume 66,2-3.5.7-8 - Romains 11,13-15.29-32 - Matthieu 15,21-28
dimanche 20 août 2017.
 

Croyez-vous que la conduite de Jésus dans le passage d’évangile que nous venons d’entendre est juste comme on l’attendrait ? La femme l’implore pour sa fille, il ne lui répond même pas. Puis les disciples interviennent en vain en sa faveur ; en effet, le verbe grec utilisé ici étant ambigu, ce qui est traduit par « renvoie-la » peut signifier plutôt « délivre-la », d’autant plus que la réponse de Jésus sonne bien comme un refus d’accéder à une intercession. La femme n’a pas droit à la guérison pour sa fille parce qu’elle est païenne ! Comme elle insiste, Jésus lui répond de manière offensante, en la comparant à un chiot - en effet, les païens étaient traités de chiens par les Juifs. Bref, tout cela ne peut que paraître scandaleux aux yeux d’un occidental moderne, n’est-ce pas ?

En réalité, ce petit épisode symbolise toute « l’histoire du salut ». Pour sauver l’humanité entière, Dieu a commencé par choisir un peuple parmi tous. Jésus lui-même est le Messie promis à Israël, le roi fils de David dont la naissance fut annoncée à Marie. Pendant les dix ou quinze siècles de la première Alliance, Dieu semblait sourd aux plaintes des païens qui demeuraient sans patriarches, sans prophètes et sans promesse. Pourtant, ce n’était pas sans indications plus ou moins claires d’un projet divin dépassant les limites du peuple élu. Mais ces signes restaient rares et paradoxaux, comme la résurrection du fils de la veuve de Sarepta par Élie ou la guérison de Naaman le Syrien par Élisée. Or, voici que le tournant du « passage aux païens » se profile au cours même de la mission du Christ envoyé à Israël. Le récit souligne que cette transition fut bien plus abrupte et dramatique que prévu.

En particulier, si Israël avait bien compris que l’œuvre de salut de Dieu devait s’étendre aux païens, en revanche il n’avait pas envisagé que cela signifierait aussi le renoncement au privilège de son élection : dans l’Église, rassemblement de tous les hommes dans l’Alliance par la foi, il n’y aurait plus « ni Juif ni grec, ni circoncis ni incirconcis », comme saint Paul allait le formuler. L’attitude des disciples ici peut se comprendre ainsi : guéris donc la fille de cette femme, et renvoie-la chez elle, comme la veuve de Sarepta est restée chez elle au pays de Tyr et Sidon, et comme Naaman guéri est rentré chez lui en Syrie ! Mais la réponse de Jésus, du coup, s’entend comme : le salut que j’apporte est pour Israël, mais les païens sauvés seront membres à part entière du nouveau peuple élu, c’est-à-dire Israël y compris les disciples venus du paganisme. D’où cette autre parole de l’Apôtre : paix au véritable Israël de Dieu !

La foi de la Cananéenne est parfaite en cela qu’elle admet même l’inexplicable façon de faire de Dieu qui a choisi un peuple en sorte que les autres pouvaient s’estimer traités comme des chiens. Son humilité la rend « digne » d’entrer dans ce peuple, puisqu’elle accepte cette promotion inouïe comme pure grâce. Tandis que les Juifs qui vont s’accrocher à leur élection comme à un privilège et à leur justification comme à un dû se coupent ainsi de cette même grâce. Ce drame fait l’affliction de Paul mais n’éteint pas son espérance fondée dans la foi à la fidélité de Dieu à ses promesses, et à son amour sans retour.

Ici il nous revient de nous interroger : croyons-nous à un vague amour universel de Dieu pour ses créatures qui ne nous engagerait à rien sinon à cette espèce de « tolérance parfaite » dont nous nous faisons gloire, ou bien croyons-nous à la révélation de l’œuvre de Dieu qui a entrepris de sauver sa création tombée au pouvoir du mal et qui poursuit son dessein comme il nous est exposé dans les deux Testaments ? Et, dans ce dernier cas, que Dieu nous a élus et choisis pour accomplir ce dessein avec lui ?

Ne nous croyons pas justes nous-mêmes, frères et sœurs, mais reconnaissons, malgré toute l’invraisemblance de ce mystère aux yeux du monde, la justice de Dieu manifestée et accomplie en Jésus Christ mort et ressuscité pour sauver le monde avec nous.