Dimanche 27 août 2017 - 21e Dimanche Année A

Quelle est la Polaire de votre système ?

Isaïe 22,19-23 - Psaume 137,1-3.6-8 - Romains 11,33-36 - Matthieu 16,13-20
dimanche 27 août 2017.
 

En ces vacances d’été, période favorable, vous avez peut-être regardé les étoiles. Le premier repère en la matière, du moins dans notre hémisphère, est cette tête de la Petite Ourse qui reste fixe quand tout s’agite autour d’elle. La plupart des astres balayent un arc de ciel depuis le levant jusqu’au couchant, mais les plus proches, en fonction de la latitude du lieu d’observation, parcourent un cercle dont elle est le centre et demeurent visibles toute la nuit. Vue du sol, la sphère céleste tourne autour de la Polaire. Les hiérarchies terrestres aussi s’ordonnent autour de celui qui est à leur tête. D’autres que lui peuvent briller davantage, il reste la référence.

Il est donc bien juste que, réalité à la fois céleste et terrestre, l’Église suive le même régime : Pierre lui est donné comme « Polaire ». D’autres que lui peuvent briller plus que lui, comme Paul par exemple, il reste le repère indispensable. Il en sera de même avec tous ses successeurs ; et certes bien souvent d’autres fidèles furent plus éclatants en sainteté qu’eux.

Comme l’Église elle-même, la doctrine de l’Église est soumise à ce régime. Au centre du corpus de tous les énoncés qui constituent le dépôt très sûr de notre foi, confié à la garde du pape et des autres évêques depuis la confession de Pierre que nous entendons aujourd’hui, se trouve l’affirmation que Jésus, celui dont les évangiles nous disent le parcours depuis la conception jusqu’à la résurrection en passant par la mort de la croix, celui-là est le Messie d’Israël tel que Dieu l’avait promis dans l’Ancien Testament. La notion de « hiérarchie des vérités de foi » que le concile Vatican II a définie signifie que tout autre énoncé doctrinal doit être compris en référence à cet élément principal. Même « Dieu est amour », qui brille bien plus, a besoin du repère de Jésus et de son mystère pascal pour bien se comprendre.

Écoutons François, successeur de Pierre, à ce sujet : « La doctrine chrétienne n’est pas un système fermé... mais elle est vivante, elle sait préoccuper, elle sait animer. Elle a un visage qui n’est pas rigide, un corps qui se déplace et se développe elle a une chair tendre : la doctrine chrétienne s’appelle Jésus Christ. » Ce propos, tenu à l’occasion du Congrès national de l’Église italienne le 10 novembre 2015, est à la fois séduisant et inquiétant. La doctrine comme manuel exhaustif de ce qui est vrai et de ce qui est faux, de ce qui est bien ou permis et de ce qui est mal ou interdit, est rassurante et structurante dans son caractère rigide et sans réplique. Comment un propos tendre et ouvert pourrait-il avoir la même efficacité et donner les mêmes satisfactions ?

Cette question grave et de brûlante actualité, chacun de nous doit se la poser en se demandant quelle est la Polaire de sa propre existence. Autour de quoi tourne notre vie ? Jésus lui-même en est-il le centre, comme il convient à un disciple digne de ce nom ? Est-ce lui qui nous guide sur le chemin de l’amour de Dieu et du prochain ?

Le temps est venu d’une conversion de l’Église, d’une « réforme » qui lui permette de dépasser l’image polaire, glaciale et figée, qu’elle a pu donner d’elle-même afin de mieux rayonner l’amour tendre du Seigneur Jésus, le vrai soleil de justice, le Fils de Dieu fait chair pour le salut du monde.