Dimanche 10 septembre 2017 - 23e Dimanche Année A

La grâce du premier mot peut coûter cher

Ézékiel 33,7-9 - Psaume 94,1-2.6-9 - Romains 13,8-10 - Matthieu 18,15-20
dimanche 10 septembre 2017.
 

Mais ce qui est par définition gratuit peut-il avoir un prix ? Par exemple, la grâce des commencements qui se révèle à l’aurore lorsque le jour point à peine dans ses langes roses et dorés n’est-elle pas un pur cadeau du ciel ? Sans doute, mais encore faut-il se lever tôt pour la goûter, surtout en été !

De même, un simple mot peut suffire à ouvrir une brèche dans le mur d’hostilité qui s’est établi entre deux amis ou entre deux amoureux après une méchanceté ou une trahison. Mais, que ce mot peut coûter d’efforts à celui qui doit le prononcer le premier, et qui est bien sûr l’offensé ! Comme il doit le préparer, et s’y préparer, pour éviter que ce pas vers la paix ne soit mal interprété : s’il était pris pour seulement reproche amer, jugement et condamnation, tout son effet ne serait que d’aggraver la blessure et de consommer la rupture.

La réconciliation est un miracle de résurrection, un retour à la vie de la relation que la gravité de la faute avait blessée à mort, une grâce de recommencement, en somme. Heureux ceux qui payent de leur personne pour qu’elle advienne. Le pape François, notamment, dont le voyage en Colombie s’inscrit dans le mouvement d’un labeur diplomatique de longue haleine pour favoriser l’apaisement dans ce pays déchiré depuis trop longtemps par les luttes politiques armées et leur lot d’atrocités.

Aider à la réconciliation suppose le sens du moment favorable. Il faut guetter les signes d’une ouverture possible entre les belligérants. J’aime à entendre ainsi ce mot du Seigneur au livre d’Ézéchiel : « Fils d’homme, je fais de toi un guetteur ». Certes, il s’agit dans les textes d’aujourd’hui de voir venir le péché qui menace la sainteté du peuple élu afin de le repousser. Mais « péché » n’est pas le premier mot de Dieu ! Le premier mot, vous le savez et saint Paul nous le rappelle, est toujours « amour ».

Ce premier mot accompagne toujours la suite jusqu’au bout, en particulier la conversion et la correction fraternelle, car la miséricorde de Dieu précède nos retours vers lui. C’est pourquoi aucun « premier mot » en ce sens ne saurait être juste sans une intention parfaitement bienveillante. Cette remarque est primordiale au moment où nous sommes tous invités à être des disciples missionnaires, selon la formule du pape François.

Notre projet paroissial « Sur le cœur » table sur la capacité de tous à devenir veilleurs pour leurs frères « de la périphérie » : que chacun se fasse attentif au moindre signe d’une attente à l’égard de l’Église chez ceux qu’il rencontre en y reconnaissant une motion de l’Esprit qui agit en tout homme pour le ramener vers le Père. Et qu’il trouve à bon escient un premier mot de réponse à cette attente au nom de la communauté paroissiale, un premier mot qui soit d’amour, même s’il reste très discret en ce commencement de dialogue.

N’ayons pas peur de croire à la chance que nous sommes pour d’autres, ne refusons pas l’effort de leur offrir généreusement cette ouverture dans leur enfermement hostile, puisque Dieu nous a aimés quand nous étions encore ses ennemis, puisque le Christ a payé très cher le prix de notre grâce à tous.