Dimanche 17 septembre 2017 - 24e Dimanche Année A

Les hommes politiques sont exemplaires

Siracide 27,30-28,7 - Psaume 102,1-4.9-12 - Romains 14,7-9 - Matthieu 18,21-35
dimanche 17 septembre 2017.
 

Les hommes politiques sont un exemple. Ils savent calculer. Comme de bons joueurs de Go, ils estiment avec précision les enjeux et sacrifient le moindre pour remporter le plus gros. Ils font volontiers litière de leur amour-propre si l’affaire en vaut la peine. Que de couleuvres n’avalent-ils pas ! Et l’on voit ceux qui s’insultaient copieusement naguère se congratuler d’une alliance nouvelle quand elle apparaît profitable pour la conquête ou la conservation du pouvoir, ce qui constitue habituellement leur objectif principal : c’est le métier qui veut ça !

En revanche, le serviteur impitoyable de la parabole n’a aucun sens politique. Le maître lui a remis, à la première sollicitation, une dette 600.000 fois plus importante que la somme qu’il réclame à son compagnon. Comment n’a-t-il pas pressenti que son geste choquerait les autres et ne manquerait pas d’être rapporté ? Comment n’a-t-il pas prévu qu’alors le Maître en serait fâché ? Comment n’a-t-il pas craint d’en subir les conséquences de la part d’un homme si riche et si puissant ? Comment peut-il prendre un risque aussi insensé pour recouvrer une dette mineure ? Il ne connaît donc rien à l’humanité ? Ou bien c’est qu’il perd tout bon sens à la perspective du moindre profit !

De quoi s’agit-il pour nous, frères et sœurs ? Réfléchissez au sort du mauvais serviteur. Un talent correspond au salaire d’une vie de travail. Être livré au bourreau jusqu’à ce qu’on ait remboursé dix mille vies, c’est l’enfer, tout simplement. La parabole signifie que la grâce obtenue en Jésus Christ nous sauve de l’enfer. Dans ces conditions, qui serait assez fou pour indisposer le Tout-Puissant en manquant de miséricorde à l’égard des autres humains pour qui aussi il a donné son propre Fils ?

Mais, diront certains, si nous ne croyons pas à l’enfer ? Ouvrez les yeux sur le monde que nous vivons. Pensez aux pires horreurs qui nous sont relatées à longueur d’actualités : croyez-vous que la méchanceté ordinaire des hommes explique suffisamment les atrocités qui nous horrifient et nous donnent des envies de vengeance terrible ? Ne voyez-vous pas qu’il y a en tout cela un ennemi absolu qui tente et fait chuter ? Et, celui-là, vous croyez-vous assez fort pour vous en emparer, le traduire en justice, le condamner et le châtier ? Ne comprenez-vous pas l’enjeu du formidable combat spirituel qui se joue au cœur de nos histoires humaines ?

Si donc nous croyons au Christ, mettons notre amour-propre dans notre poche et notre mouchoir par-dessus : ainsi nous serons aussi habiles que les fils de ce monde qui le font bien pour des ambitions tellement moindres que la vie éternelle. Et lorsque nous sommes submergés par le désir de vengeance, tombons à terre aux pieds du Seigneur en le priant pour notre pauvre monde, en l’implorant de le délivrer du Mal.

Vous avez compris que je donne les hommes politiques en exemple comme le Seigneur le fait de l’intendant habile dans une autre parabole que l’on trouve en saint Luc, celle-là. Les hommes d’affaires ou de pouvoir ne sont ni pires ni meilleurs que les autres en général. Ils sont seulement plus en vue et leurs actes sont de plus grandes conséquences. Soyons sans illusions sur nos contemporains comme sur nous-mêmes : nous avons tous besoin du salut pour entrer dans le Royaume en échappant à l’enfer que nous veut le Mauvais. Mais croyons à la grâce pour les autres et pour nous-mêmes : ainsi nous serons des fils de Lumière, dignes de notre Père qui est aux cieux, infiniment riche et miséricordieux.