Dimanche 8 octobre 2017 - 27e Dimanche Année A - Présentation d’un diacre permanent

« J’ai choisi de me tenir sur le seuil »

Isaïe 5,1-7 - Psaume 79,9-10.13-16a.19-20 - Philippiens 4,6-9 - Matthieu 21,33-43
dimanche 8 octobre 2017.
 

Prêtre ou lévite, celui qui s’exprime ainsi dans le Psaume 83 chante son amour du Temple de Jérusalem. La partie la plus sacrée, celle qui comprenait le « Saint » et le « Saint des saints », était considérée comme la maison de Dieu lui-même : personne n’y pénétrait sauf, rarement, le desservant de service. Ainsi, en se tenant sur le seuil le psalmiste ne reste pas à l’extérieur du Temple mais, au contraire, il y demeure au plus près de Dieu. Et cet amour du sanctuaire s’étend à toute la ville de Jérusalem, très aimée du Seigneur.

Nous avons du mal à imaginer quelle profonde détresse ce fut donc pour tous les passionnés de la Terre et de la Demeure que leur prise et leur destruction en 587 avant Jésus Christ, suivies de l’exil à Babylone. Or, l’oracle d’Isaïe entendu en première lecture, « le chant du bien-aimé à sa vigne », nous donne à comprendre que ce fut pour Dieu lui-même aussi une immense déception.

En effet, « la vigne du Seigneur de l’univers, c’est la maison d’Israël », nous l’avons entendu. Avec la parabole des vignerons homicides, Jésus rappelle aux chefs du peuple cette histoire tragique dont il les rend responsables ainsi que leurs devanciers, les mauvais bergers qui ont entraîné la ruine du peuple par leurs infidélités. Pourtant, par cette parole, il leur donne encore une chance : et s’ils se reconnaissaient dans les vignerons homicides, et s’ils se convertissaient ?

Cette histoire, chers frères et sœurs, est aussi réelle que la nôtre. Le débat entre l’offre d’amour de Dieu et notre liberté de l’accepter ou non continue aujourd’hui. L’évangile ne se contente pas d’évoquer ce qui s’est passé de décisif « en ce temps-là », avec le rejet du Christ, sa passion, sa résurrection et l’envoi de l’Esprit Saint, il nous convoque aujourd’hui à l’urgence et à l’importance de notre réponse positive à l’appel du maître de la Vigne.

D’ailleurs, n’allons pas nous tromper sur le « bilan » de la Première Alliance. Il ne faudrait pas oublier, cachées par les refus massifs qu’évoque la parabole, toutes les fidélités : celles des prophètes bien sûr, mais aussi de certains puissants, roi ou grands-prêtres - David, le premier, lui dont le cœur était au Seigneur -, et de beaucoup d’autres, anonymes, la foule innombrable des « pauvres du Seigneur » qui n’ont pas cessé de croire à sa parole et d’espérer la réalisation des promesses. La Vierge Marie en est l’exemple le plus éminent, et tous sont récapitulés en elle.

Les foules à la piété sincère de toutes les époques en sont les dignes successeurs et la fécondité de ces humbles du Seigneur est grande, Christophe en est témoin au milieu de nous : ce qui l’a saisi et retourné dans le spectacle des obsèques du pape Jean-Paul II télévisées dans le monde entier, ce ne fut pas l’étonnant rassemblement de tant de puissants de ce monde et de l’Église, mais la foule immense des anonymes et leur prière fervente.

Laissons-nous donc toucher par ce maître de la parabole dont l’espérance inlassable va jusqu’à l’envoi de son propre fils, malgré tant de précédents tragiques : il nous dit l’immense désir du Père que la Vigne porte enfin un fruit de justice et d’amour qui réponde à son Amour. Il ressemble au père du prodigue qui sortait chaque jour de la maison pour guetter l’improbable retour de son fils perdu mais toujours chéri. Ainsi Dieu se tient à la porte du cœur de chacun comme au seuil du sanctuaire de sa conscience et de sa liberté, aimées d’un amour qui précède et inspire celui du psalmiste chantant : « De quel amour sont aimées tes demeures, Seigneur, Dieu de l’univers ! »

En effet son Fils unique, lui qui est la sainte Vigne du Père et le fruit véritable de son Amour pour les siècles des siècles, est venu dire à chacun : « De quel amour est aimé ton cœur, fils de la terre, par mon Père qui est au ciel ! » Soyons donc aujourd’hui sa présence et sa voix auprès de nos frères humains : sachons nous tenir au seuil de chacun pour guetter le moindre présage du retour possible d’un de ces enfants pour qui le Fils a donné sa Vie.