Samedi 1er novembre 2017 - La Toussaint

Les vraies valeurs, quelles sont- elles ?

Apocalypse 7,2-4.9-14 - Psaume 23,1-6 - 1 Jean 3,1-3 - Matthieu 5,1-12a
mercredi 1er novembre 2017.
 

Pour Ignace de Loyola, tout est devenu plus clair un jour où il a bien réfléchi sur la différence d’effet que lui faisaient les romans de chevalerie et les vies de saints. Les romans le passionnaient à la lecture, mais, une fois terminés, le laissaient simplement vide et sec. Tandis que les biographies de saint François et saint Dominique, par exemple, le captivaient aussi mais, en plus, après lecture, lui inspiraient des pensées enthousiastes et stimulantes.

Cette recette du discernement élémentaire des esprits est aussi simple que sûre : essayez pour vous-mêmes, par exemple, pour comparer la différence d’effet sur vous d’une heure passée à jouer sur un écran, surtout si c’est un jeu d’argent, et du même temps consacré à courir ou marcher en méditant ou, mieux, à deviser avec une personne aimée. Vous n’aurez pas de mal à établir qu’au registre des vraies valeurs l’amour et l’amitié l’emportent sur les passions bassement intéressées. Tanis que ces dernières, comme dit le livre de la Sagesse, sont une sorte de pacte avec la mort qui consume ceux dont elle se fait l’amie et la familière.

Ce qui est vraiment bon se montre tel dans l’instant présent et pour la suite des temps. C’est pourquoi Jésus félicite (féliciter vient de « felix » qui signifie « heureux » en latin) les miséricordieux, les cœurs purs et les artisans de paix : ce qu’ils font est bien sur le moment et ils en seront récompensés dans la durée. Mais pourquoi dire heureux les pauvres, les doux et ceux qui pleurent ? Pour comprendre, il est utile de savoir que le mot grec traduit par « pauvre » est « ptôkhos », issu d’un verbe qui signifie d’abord « se blottir » et, par suite, « mendier ». La première image qu’évoque cette origine est celle d’un enfant cherchant auprès de son papa ou de sa maman protection et réconfort. Et comme « pauvres » est précisé « en l’esprit », nous voyons qu’il s’agit d’une attitude profonde de piété confiante, tout à fait contraire à l’arrogance dont font souvent preuve les riches.

Le Seigneur, en effet, « ne repousse pas un cœur brisé et broyé », il « défend les petits » et fait agir sa force dans la faiblesse de ceux qui se confient en lui. Indépendamment de sa situation financière et sociale, celui qui adopte résolument cette attitude d’humilité et d’espérance à l’égard de Dieu, dans la prière et dans la méditation, est un vrai « pauvre du Seigneur » que le Christ bénit et bénira. Et, bien sûr, son comportement à l’égard des autres ne pourra pas ne pas en être illuminé : il sera béni aussi de tous, certainement. Sauf si, au contraire, il justement persécuté à cause de cela. Mais alors ce sera plus que jamais le moment de se tourner avec confiance vers celui qui n’abandonne pas les siens et sait récompenser magnifiquement les fidélités coûteuses.

C’est ce dont témoigne la foule innombrable des saints que nous fêtons aujourd’hui, martyrs en tête, eux qui ont été persécutés pour la justice que Dieu donne. Cette justice est donnée par grâce et miséricorde à tous ceux qui en sont assoiffés et se laissent libérer des fausses valeurs du monde par la foi en l’Amour de Dieu notre Père manifesté en son Fils unique, Jésus Christ notre Sauveur.

Mieux vaut, en effet, s’appuyer sur le Seigneur que de compter sur les hommes : elle passe, la puissance de ce monde, mais l’amour de Dieu demeure pour l’éternité de son Royaume.