Dimanche 3 mars 2002 - Troisième dimanche de Carême

Vous avez bu ?

Exode17,3-7 - Romains 5,1-2.5-8 - Jean 4,5-42
dimanche 3 mars 2002.
 


-  Vous avez bu ?

-  Comment, que voulez-vous dire ?

-  Rien, simplement comme il fait chaud et que vous avez un long chemin à parcourir sous le soleil, par sollicitude je...

-  Vraiment ? On aurait pu penser que c’était une insinuation, et une façon de suggérer que ma conduite est désordonnée. Remarquez, si c’était vraiment le cas vous n’auriez sans doute même pas osé me poser la question, n’est-ce pas ?

Le fait que les disciples n’osent même pas poser la question à Jésus montre bien qu’ils ont vraiment un doute au sujet du comportement de leur maître. Quand ils le voient parler avec la femme de Samarie, ils ne sont pas loin de penser que le soleil lui a trop tapé sur la tête.

Nous avons du mal à imaginer à quel point une telle situation est inconvenante pour les usages du temps. S’adresser à une femme inconnue dans un endroit public trahissait nécessairement une intention inavouable. De surcroît, il s’agissait là d’une samaritaine : autant dire d’une chienne ! En effet, selon un dicton juif de ce temps-là était, samaritain est pire que chien. Il faut dire que "chiens" était la désignation aimable habituelle des païens.

Le plus terrible, donc, dans cette affaire est que les disciples, préférant rester enfermés dans leurs soupçons réprobateurs, n’osent même pas demander à Jésus de s’expliquer. Faut-il qu’ils méconnaissent celui qui leur parle depuis si longtemps !

En fait, ils ne le connaissent pas, pas plus que la femme, et peut-être moins qu’elle à ce moment. Connaître ou ne pas connaître : avez-vous remarqué comme ce thème revient dans notre passage évangélique ? En particulier, écoutez cette parole terrible de Jésus sur sa nourriture "que vous ne connaissez pas", à savoir de faire la volonté de celui qui l’a envoyé.

En effet, nous qui sommes rassemblés ici en ce matin du 3 mars 2002 autour des catéchumènes Martine et Nathalie pour leur premier scrutin, est-ce que nous connaissons Dieu et son Christ, est-ce que nous les connaissons mieux qu’elles ?

Regardez-le, là, sur la croix : n’êtes-vous pas un peu gênés ? Je ne dis pas pour lui : nous sommes tellement habitués à le voir ainsi. Mais pour son Père ! Est-ce bien convenable, pour Dieu, de mettre son Fils au rang des malfaiteurs punis, par désir de s’attirer la foi et l’amour de l’humanité pécheresse ?

Vous comprenez que l’initiative scandaleuse de Jésus à l’égard de la Samaritaine n’est autre que la révélation et la réalisation de celle de son Père envers l’humanité. Rappelez-vous : "Tout ce que le Fils voit faire au Père, il le fait de même (Jn,5,19). Un mot dans notre texte explicite cela, mais il disparaît dans la traduction liturgique : c’est le verbe grec zètéô, qui signifie rechercher, désirer, employé par Jésus pour dire les adorateurs que "recherche" (désire) le Père, puis pour les disciples lorsqu’ils n’osent pas dire à Jésus "Que demandes-tu ?" (Que désires-tu d’elle ?).

La soif de Jésus, au début de notre épisode, est donc aussi celle du Père. Et le Fils accomplit l’œuvre du Père dans sa passion et sa glorification, qui sont évoquées et signifiées par l’indication que vous avez entendue au début : "Jésus, fatigué par la route, s’était assis là au bord du puits". De même, le nom de ville "Sychar" est une allusion au mot hébreu "salaire", et il annonce la conversion de la samaritaine et des samaritains à la fin de l’épisode : ils représentent les païens devenus disciples qui seront le fruit donné par le Père au Fils en récompense de son sacrifice.

Mes amis, tout péché est désobéissance à Dieu, et vous êtes pécheurs. Mais Dieu désire vous pardonner pour vous ramener à lui. Faut-il que Dieu soit plein d’Esprit Saint, un Esprit que nous ne connaissons pas, pour aimer jusque-là les pécheurs que nous sommes !

Avez-vous soif ? Soif de le connaître et de l’aimer ? Approchez-vous de Jésus, car il est le don de Dieu et la source d’eau vive. Y boire, c’est croire : croire en lui, croire que son sacrifice est pour notre pardon et accepter d’y avoir part, porter son opprobre pour connaître sa gloire, mourir de sa mort au péché pour vivre de sa vie éternelle.

Il est dangereux de s’approcher de Dieu. Déjà le peuple élu au désert lui cherchait querelle, prenant ainsi le chemin de la mort. L’accusation d’être l’auteur du mal ne peut que retomber sur lui si nous refusons de la prendre pour nous, comme il est juste. C’est la raison profonde des accusations qui sont portées contre l’Église parfois au-delà de toute mesure raisonnable. Et ces accusations viennent, bien souvent, de chrétiens.

Chères amies catéchumènes, l’heure vient, et c’est maintenant, où vous pourrez être de ces vrais adorateurs que cherche le Père, c’est-à-dire de ceux qui le reconnaissent dans le Christ Jésus. Car son corps est le vrai Temple, et son Heure est l’instant éternel où nos vies passent en lui pour ne plus jamais être perdues.

Avez-vous bu, frères chrétiens qui portez ce nom parce que vous avez été baptisés dans la mort du Seigneur, avez-vous bu à la source de toute grâce ? Alors, que de votre cœur jaillisse l’eau vive du baptême pour nos frères catéchumènes, jusqu’à la nuit sainte où ils y seront plongés. Et le jour de pâques, nous pourrons chanter ensemble :

J’ai vu, oui, et j’ai bu, l’eau vive jaillissant du cœur du Christ, le Sauveur du monde.