Dimanche 5 novembre 2017 - 31e Dimanche Année A

Un véritable ami se voit dans l’adversité

Malachie 1,14b-2,2b.8-10 - Psaume 130 - 1 Thessaloniciens 2,7b-9.13 - Matthieu 23,1-12
dimanche 5 novembre 2017.
 

Un véritable ami se voit dans l’adversité.

Cet adage est plein de sagesse élémentaire. Le riche prodigue ne manque pas de convives à sa table pour boire son vin et l’abreuver d’aimables propos. Mais, qu’il se retrouve sur la paille, et bien peu se souviendront de l’avoir tant aimé. Fort bien, mais comment discerner la fiabilité du cœur de ses proches sans attendre d’éprouver les pires difficultés dans l’existence pour voir se dessiner le tri des fidèles ?

Un moyen très sûr est d’ouvrir l’oreille à ceux qui osent des propos désagréables, justement. Si ce n’est qu’hostilité ou jalousie, on en tirera pourtant déjà quelque enseignement sur ce qui en soi peut prêter le flanc à la charge. Mais, surtout, s’il s’avère que le critique est inspiré par une affection sincère et qu’il ne cherche que votre bien en vous dressant un tableau sans complaisance de ce qui ne va pas en vous, alors réjouissez-vous : non seulement vous tirerez profit de sa sortie, mais vous pouvez vous dire que vous avez trouvé un véritable ami dans cette adversité apparente. Pour le moins, il nous faut comprendre les propos de Jésus à l’endroit des scribes et des pharisiens, si durs et abrupts soient-ils, comme amicaux en ce sens.

À bien y regarder, les reproches qui leur sont faits pourraient tomber sur les notables de toute société. Les tentations de la vanité et de l’intérêt personnel n’épargnent aucune sorte de responsables que leur charge élève plus ou moins au-dessus du commun des mortels. Mais, dans le cas de personnes chargées d’enseigner le chemin de Dieu selon la Parole donnée à Israël, la contradiction devient criante. À deux mille ans de distance, les fameux vœux du pape François à la Curie en 2015 sont de la même eau : les « quinze maladies » se retrouvent dans toutes les organisations, mais s’agissant de la responsabilité de l’Église universelle, elles sont plus inacceptables. L’année suivante, en prescrivant les vertus nécessaires, le pape n’avait pas changé de visée : chacun pouvait comprendre que certains avaient manqué de ces vertus. Mais il renvoyait à la possibilité de s’amender avec l’aide de celui que justement nous servons tous : le Seigneur Jésus.

Alors, scribes ou pharisiens que nous sommes plus ou moins les uns et les autres, sachons accepter le désagrément de recevoir leçons et reproches, pourvu que ce soit de la part de celui qui est aussi le bon médecin. Quel bonheur, si c’est vraiment lui, de se remettre humblement entre ses mains pour une cure salutaire, même quand elle comprend l’absorption de quelques potions amères !

Mais si les leçons sont ici pour les responsables, que viennent faire ensuite les étranges injonctions qui s’adressent visiblement à tous, de n’appeler personne rabbi, père ou maître ? Dans le fil de ce qui précède, les reproches aux puissants vaniteux s’étendent à tous ceux qui, par leur flagornerie, les poussent du côté où ils penchent. Non seulement l’orgueil et la vanité se propagent par contagion, mais encore on s’y adonne par procuration. L’idolâtrie est toujours adoration de soi par le truchement d’un objet miroir.

C’est pourquoi le seul qu’il n’y ait aucun danger à encenser sans modération est ce Dieu merveilleux qui s’est manifesté en son Fils venu dans notre chair, Serviteur parfait de son Père et de ses frères les hommes, doux et pauvre de cœur, armé d’une telle humilité qu’il n’y avait rien en lui qui pût donner prise à Satan. Laissons-le nous découvrir nos défauts et nos péchés, et même nous les reprocher, car dans cette apparente adversité, lui qui est mort et ressuscité, il se révèle notre véritable ami pour l’éternité.