Dimanche 3 décembre 2017 - 1er dimanche de l’Avent B

Entre chien et loup vous prenez des risques

Isaïe 63,16b-17.19b ;64,2b-7 - Psaume 79,2-3.15-16.18-19 - 1 Corinthiens 1,3-9 - Marc 13,33-37
dimanche 3 décembre 2017.
 

« Entre chien et loup » signifie à l’heure du crépuscule : lorsqu’il devient difficile de distinguer l’un de l’autre, ou encore quand le jour où l’homme mène sa vie en compagnie de son fidèle ami laisse place à la nuit qui voit le fauve sortir du bois.

Or, la veille que nous commande le Seigneur aujourd’hui est notamment l’attention à bien reconnaître « le loup » quand il s’approche de nous. La nouvelle traduction du Notre Père qui entre en vigueur en ce début de nouvelle année liturgique nous focalise en effet sur « la tentation ». Le mot grec « peirasmos » traduit par « tentation » signifie d’abord simplement épreuve. Le texte français perd cette ambivalence pour ne garder que l’acception négative. Il est à noter que le latin « temptatio » conserve la richesse sémantique du grec, mais bien peu le savent ! C’est dommage, car il s’agit bien de distinguer justement entre les deux.

À la veille de sa Passion, au crépuscule, le Seigneur Jésus s’est posé cette question de la manière la plus dramatique : les gardes qui allaient venir l’arrêter représentaient-ils l’entrée dans l’épreuve que le Père voulait pour lui, ou bien la tentation de se laisser aller au cours des événements ? Où était la tentation : dans la résistance ou dans le renoncement ? L’incertitude et l’angoisse lui furent douloureuses jusqu’à la sueur de sang.

Le serviteur n’est pas plus grand que le maître. À nous aussi il arrive d’avoir à discerner avec la plus grande difficulté. Alors, prions : « Ne nous laisse pas entrer en tentation ». Sachant que cette demande nous oblige à prendre nos responsabilités, puisque le maître « a donné tout pouvoir à ses serviteurs ». Le Notre Père est une prière boomerang : ainsi celui qui dit « Que ton nom soit sanctifié » doit faire honneur au nom de Dieu et « Donne-nous notre pain » suppose que nous agissions pour nous le procurer, à nous et à ceux qui dépendent de nous.

Les parents tiennent à protéger leurs enfants, bien sûr, mais leur idéal ne peut être de les soustraire à toutes les épreuves, car la vie, la vraie, n’en manque pas. Ils s’efforcent donc de les équiper pour qu’ils puissent surmonter celles qu’ils devront affronter. De même, le Père de Jésus envoie son Fils au combat, pour qu’il remporte la victoire, tandis que, de son côté, le Diable cherche à le faire tomber. Mais, au terme de sa prière ardente, le Christ reçoit la pleine lumière et accepte la coupe, l’épreuve, de la main du Père, résistant ainsi à la tentation du Mauvais.

Ne nous inquiétons donc pas de l’imperfection de la traduction : comprenons que Dieu ne tente pas, il ne veut pas faire tomber ; mais s’il envoie à l’épreuve nécessaire, c’est pour que nous y triomphions avec son Fils. C’est pourquoi les solutions simplistes sont des tentations, même lorsqu’il s’agit de prétendre y échapper en les évitant systématiquement. Nous ne sommes pas dispensés de prendre les risques de la vie, y compris avec ce qu’ils entrainent de pièges du démon à éviter. Même dans la pénombre où tout semble se confondre, nous devons parfois aller au combat, sûrs de l’assistance de celui qui a vaincu le monde pour nous.

En ce temps de l’Avent qui s’ouvre à nous, contemplons, pour nous en inspirer, le mystère de ce Dieu qui a pris le risque inouï d’envoyer son Fils se faire homme au milieu des hommes qui, tombés au pouvoir du Mauvais, sont devenus les uns pour les autres chiens ou loups, serviles agents de l’esprit du monde ou prédateurs de leurs frères. C’était afin qu’il remporte la victoire et nous avec lui.