Dimanche 3 février 2002 - Quatrième Dimanche

On ne sait pas qui est le plus heureux,

Sophonie 2,3.3,12-13 - 1 Corinthiens 1,26-31 - Matthieu 5,1-12
dimanche 3 février 2002.
 

On ne sait pas qui est le plus heureux,

de Maxence ou de sa maman, ou de son papa...

Ou de moi : figurez-vous que j’ai baptisé Aurore, dans le temps - elle avait quand même déjà dix-huit ans ! -, et qu’elle est revenue me voir avec son mari, Christophe, et leur petit, pour que je le baptise à son tour, aujourd’hui. Quel bonheur !

Ou de chacun de vous, ici rassemblés, puisqu’il n’y a qu’un seul baptême, et que c’est le nôtre, par la grâce du seul et même Jésus Christ !

Maxence représente bien les "doux" de la deuxième béatitude. On pourrait traduire aussi le grec praus par "docile", voire "inoffensif". Il s’agit des brebis et des agneaux qui forment le gros du troupeau et n’ont pas d’autre choix que de suivre les meneurs. Ceux-là sont évidemment dépendants et vulnérables, ils profitent ou pâtissent directement de la situation favorable ou dégradée du corps social auquel ils appartiennent.

Ils sont rejoints dans cet état par les "endeuillés", pour traduire littéralement, de la troisième béatitude. Ces derniers, d’une manière ou d’une autre, ont perdu ce qui faisait leur force, leur gloire ou leur rempart : femmes veuves ou abandonnées, hommes blessés, infirmes ou capturés, peuples exilés, vaincus ou déshonorés.

Ainsi, les doux et ceux qui pleurent sont comme les deux sortes de "pauvres" à qui Jésus déclare d’emblée que le Royaume appartient. Les trois béatitudes suivantes leur associent aussitôt tous ceux qui choisissent de renoncer à eux-mêmes plutôt que de rompre la solidarité avec eux : les assoiffés de justice, qui ne s’accommodent pas des inégalités dont ils pourraient pourtant profiter, les miséricordieux, qui compatissent à la souffrance d’autrui, les cœurs purs, qui s’abstiennent des satisfactions dégradantes pour l’âme. Tous ceux-là ont part à la béatitude des pauvres qu’ils aiment.

Quant aux chefs, aux forts, aux efficaces, pour autant qu’ils sont, dans le groupe social, des responsables dignes de ce nom, tenant leur poste à la tête ou aux articulations du corps tout entier, ils œuvrent pour le bien des petits et de leurs amis, méritant ainsi le nom d’artisans de "paix", c’est-à-dire aussi de justice, de concorde et de prospérité, et donc celui de fils de Dieu. Eux aussi ont part à la béatitude des pauvres !

Le voilà, le bonheur, le vrai, celui que connaissent les familles unies et les peuples vraiment civilisés : l’harmonie d’un groupe social où chacun met au service de tous ses talents et ses énergies, en sorte que le corps tout entier prospère et s’épanouit pour la joie et la vie de chacun de ses membres.

Mais pourquoi faut-il une béatitude de plus, et double, de surcroît ? Parce que ce bonheur de l’humanité était perdu sans le Fils de Dieu venu le sauver. Vous le savez bien, l’Ennemi ne cesse de souffler au milieu de nous orgueil et égoïsme, malveillance et avidité, haine et mort. C’est pourquoi il a fallu que Jésus étende les bras sur la croix pour le vaincre. Et tous ceux que le monde persécute sont associés à son sacrifice, et les martyrs, à cause de leur foi en lui, témoignent avec lui de son salut.

Baptisés dans la mort du Seigneur, nous sommes établis dans le bonheur sauvé par lui, non sans avoir part à son sacrifice sauveur. Encore faut-il que nous accueillions le salut par la foi, et la foi fait de nous des pauvres "dans l’Esprit". L’Esprit Saint qui accomplit toute sanctification, l’Esprit de notre confirmation indissociable du baptême, cet Esprit nous fait libres du péché, libres de nous aimer les uns les autres.

Nous voyant venir à lui, foule immense de témoins petits et grands unis par lui qui a été élevé sur la montagne de Dieu et s’est assis à sa droite, il nous bénit. Il nous donne maintenant de manifester, par l’amour fraternel qui fait de nous un seul corps où chacun se donne à tous les autres et tous à chacun, ce qui sera parfaitement révélé quand il aura tout rassemblé en lui. Et, dès maintenant, nous célébrons l’Amour dans l’Eucharistie bienheureuse à laquelle le Christ nous donne part.

C’est pourquoi nous sommes tous plus heureux les uns que les autres, Maxence, de ton baptême aujourd’hui !