Lundi 25 décembre 2017 - Jour de Noël

« Je cherche un homme »

Isaïe 52,7-10 - Psaume 97,1-6 - Hébreux 1,1-6 - Jean 1,1-18
lundi 25 décembre 2017.
 

Ainsi s’expliquait Diogène auprès de qui s’étonnait de le voir déambuler avec sa lanterne en plein jour. En effet, la clarté d’une lampe s’efface devant celle du soleil, même caché comme aujourd’hui. La petite lumière qui brillait dans le noir passe inaperçue dès que le ciel a blanchi. N’en va-t-il pas de même avec les bougies de la crèche si douces et aimables à contempler cette nuit, mais qui semblent avoir bien pâli depuis ? Mais surtout, la joie et la ferveur de Noël en bien des lieux s’éteignent à l’aube, avec les guirlandes de la fête, pour laisser place au quotidien des jours fériés plus ou moins occupés par divers divertissements.

Pour beaucoup de nos contemporains, cette nuit n’est plus bonne qu’à rêver un moment de fraternité et de famille avant que le retour à la réalité ne le laisse éclipser par le dur éclat de tout ce qui brille aux yeux des hommes. C’est comme si la Révélation chrétienne n’était qu’une lanterne ternie au grand jour de la modernité ! Devant ce triste état de faits, deux tentations nous guettent. La première serait d’y consentir : soit ! La religion n’est qu’affaire privée, replions-nous donc sur le plaisir doucereux de la cultiver pour nous-mêmes au milieu d’un monde perdu pour perdu. La deuxième, à l’inverse, consiste à y réagir avec virulence : puisque cet âge est devenu sourd, soufflons plus fort dans les trompettes de la pub, faisons rouler les tambours de slogans percutants ! S’il ne voit que ce qui brille, allumons les feux d’artifice de vidéos éblouissantes, multiplions les spots et créons de mirifiques événements : on va voir ce qu’on va voir ! Or, il est toujours dangereux d’utiliser les armes de l’ennemi, le risque est grand d’y perdre son âme.

Écoutons plutôt la leçon de Diogène : ces Grecs antiques étaient souvent bien inspirés, comme nous le rappelait naguère si nettement le pape Benoît XVI. Sa lanterne en plein jour signifiait que, pour trouver l’homme, il lui fallait une autre lumière que celle de ce monde, plus mystérieuse et secrète. Alors, frères et sœurs, puisque vous voilà de retour pour la messe du jour, ou bien même ayant choisi de n’assister qu’à celle-ci, rendez grâce de bon cœur ensemble pour cette parole merveilleuse entendue à nouveau : « Il était la Lumière qui éclaire tout homme en venant dans le monde ».

Pourquoi cette source merveilleuse semble-t-elle avoir perdu sa clarté pour nos contemporains ? Peut-être simplement parce qu’elle n’était plus assez intérieure. Quand elle envahit l’homme, homme ou femme, jusqu’à le transfigurer au cœur, elle le rend lumineux pour qui sait voir, et même pour les autres qui s’enferment dans l’aveuglement. Voyez François d’Assise ou Mère Teresa : ils sont aussi ineffaçables qu’inimitables, impossibles à « séculariser » au grand dam de tous ceux qui voudraient les récupérer dans un politiquement correct laïc et résolument moderne.

Ces saints et bien d’autres nous montrent que, depuis que Dieu s’est fait homme, l’homme s’éclaire d’une lumière nouvelle et le monde même apparaît plus précieux, plus saint et plus fraternel. Il n’est pas étonnant que cette clarté nouvelle manifeste sa présence plus nettement dans les régions obscures. Or, les ténèbres morales et spirituelles de nos sociétés malades de toute sorte de pollutions sont plus profondes que jamais. Que manque-t-il donc à notre époque pour que le Sauveur s’y manifeste, sinon de nouveaux saints capables d’y faire briller la Bonne Nouvelle qui ne peut se faner ni s’affadir ?

Offrons-nous donc plus généreusement à l’Esprit Saint de qui la Vierge Marie a conçu Jésus, frères et sœurs, laissons-nous sanctifier en toute confiance. Ainsi le monde verra la Lumière, car, qui voit un saint sait aussitôt qu’il a trouvé un homme. Et bientôt il découvrira le Fils de l’homme manifesté en ceux qui croient en lui. Il trouvera ce qu’il cherchait dans l’obscurité d’une conscience blessée, et pourtant mue déjà intérieurement par l’Esprit du Père qui nous a donné son Fils.