Dimanche 7 janvier 2018 - Épiphanie du Seigneur

Une bonne et mauvaise nouvelle

Isaïe 60,1-6 - Psaume 71,1-2.7-8.10-13 - Éphésiens 3,2-3a.5-6 - Matthieu 2,1-12
dimanche 7 janvier 2018.
 

Bonne nouvelle : voilà les chameaux, l’oracle est accompli ! Mauvaise nouvelle : l’oracle est accompli, voilà les chameaux !

En effet, quand le prophète Isaïe déclare fièrement à Jérusalem : « Les nations marcheront vers ta lumière et les rois à la clarté de ton aurore », il annonce un avenir glorieux pour Israël après les tribulations de l’exil et la servitude d’une domination étrangère sur son propre sol. Avec la venue des Mages, l’oracle s’accomplit. Mais en pratique, l’Église résulte de cette entrée des païens dans le peuple de Dieu, véritable immigration de masse qui commença au premier siècle et que la plupart des Juifs vécurent comme une invasion par laquelle leur identité et même leur existence se trouvaient menacées. C’est pourquoi ils la refusèrent.

Deux scénarios eschatologiques principaux se dessinent dans les prophéties de l’Ancien Testament : le violent et le doux. Ce dernier s’ancre dans le moment idéalisé de la charnière entre David et son fils Salomon : Israël bien établi sur sa terre largement comptée vit en paix avec ses voisins à la grande satisfaction de la population enrichie par le commerce et les échanges culturels. Quant au scénario violent, il consiste en une grande bataille ultime au cours de laquelle les nations assemblées contre Israël sont défaites et exterminées.

Les deux visions pouvaient se combiner plus ou moins, à condition que l’extermination soit « modérée » et que les nations n’en gardent pas trop rancune. En tout cas, à la fin elles devaient toutes reconnaître le Dieu d’Israël et lui rendre hommage par un culte approprié. Et donc Israël ne devait pas échapper à cet accueil des païens, sinon dans l’Alliance de plein droit, du moins comme associés. Ainsi s’accomplirait le dessein de Dieu qui n’avait pas choisi un peuple contre les autres, mais aussi pour eux, comme il l’avait fait savoir de bien des manières par les prophètes, en particulier Isaïe.

En Jésus, Messie roi d’Israël et sauveur de tous les hommes s’accomplit ce dessein au-delà de toute attente. Non seulement il est le propre Fils éternel de Dieu fait homme, mais encore il va jusqu’à prendre sur lui toute la violence du monde, y compris celle du combat eschatologique, de « l’extermination », qu’il assume par sa croix et sa Passion : « Il a fait tomber le mur de la haine qui séparait Israël des nations, en son corps il a tué la haine. » Il nous révèle ainsi que Dieu ne commet aucune violence mais qu’il les assume toutes et les retourne en grâces de salut dans le sacrifice de son Fils.

Dieu accompagne ainsi l’histoire des hommes qu’il conduit en interaction avec leur liberté vers la pleine réalisation de son dessein. Car le rassemblement de l’humanité dans l’Alliance nouvelle et éternelle a commencé avec le Christ lui-même et la primitive Église issue des juifs et des païens, et il se poursuit jusqu’à sa consommation dans la venue du Seigneur à la fin des temps. Le progrès de cette œuvre d’amour de son cœur dépend des hommes de bonne volonté qui y contribuent et se poursuit malgré ceux qui, sous l’influence de l’Ennemi, s’y opposent.

Mauvaise nouvelle pour ceux qui s’y opposent : Dieu aura toujours le dernier mot. Bonne nouvelle pour ceux qui y contribuent de grand cœur au prix du don de soi à la suite du Christ, et même aussi pour ceux qui s’y opposent : Dieu aura vraiment le dernier mot de cette histoire quand nous pourrons rendre grâce tous ensemble et chanter sa louange éternellement, lorsque au terme de la route nous verrons celui que les mages ont cherché en se guidant sur une étoile.