Dimanche 28 janvier 2018 - 4e dimanche Année B

N’ayez pas peur de Dieu comme d’un arracheur de dents

Deutéronome 18,15-20 - Psaume 94,1-2.6-9 - 1 Corinthiens 7,32-35 - Marc 1,21-28
dimanche 28 janvier 2018.
 

Avoir peur de Dieu, quelle idée à notre époque où tout le monde s’en moque ! Bien sûr, la première lecture nous rappelle quelle terreur la manifestation du Seigneur sur la montagne a pu inspirer aux Hébreux ; mais c’est l’Ancien Testament !

Sans doute, mais l’évangile, c’est du Nouveau ; et vous voyez quelle frayeur y provoque la venue du Saint de Dieu. Certes, c’est l’esprit impur qui redoute Jésus, mais l’homme qui est en son pouvoir épouse et sa malice et sa crainte.

La compénétration de l’esprit impur et de l’homme possédé est nettement lisible dans le texte grec, mais elle disparaît à la traduction. En particulier, ce qui est rendu par « le fit entrer en convulsion » est littéralement « l’arracha ». En plus, les pronoms personnels sont ambigus : c’est le traducteur qui les interprète en rajoutant « l’homme », mais en fait on peut aussi bien comprendre que c’est Jésus qui arrache l’esprit impur de l’homme, ou encore l’homme à l’emprise de l’esprit impur.

La purification de l’homme est effectuée par le Christ en une opération non dépourvue de violence ni de douleur, comme l’extraction d’une dent gâtée. Celui qui la subit l’éprouve comme une libération de son mal au prix de la souffrance et aussi de la perte d’une partie de lui-même. Plus la situation du patient était pénible, plus le désir de la guérison est vif. Mais plus l’appréhension de l’épreuve est forte, moins la disposition à se laisser opérer sera vive. Au point que celui qui a besoin d’être délivré peut, par peur de l’épreuve, se dérober à la cure et même nier son mal, comme on se refuse parfois à aller chez le dentiste malgré la nécessité d’y recourrir.

Ainsi peut s’interpréter la conduite d’évitement de beaucoup d’hommes tourmentés par toutes sortes d’esprits impurs qui se rencognent dans leur vice et font mine de ne pas croire au salut de Dieu. Ils « endurcissent leur cœur », comme dit le psalmiste, ils le ferment, empêchant ainsi l’Esprit d’agir. Le possédé de la parabole, au contraire, se démasque, ou plutôt démasque son esprit impur devant Jésus, lui permettant ainsi d’intervenir. En pratique, il s’agit d’écouter la Parole de vie et de bonne nouvelle, d’y croire et de consentir à sa conversion ; conversion qui est l’œuvre du Christ mais ne s’opère pas sans la participation de l’intéressé, ses efforts et son acceptation de la mortification qu’elle implique. Heureux pourtant celui qui s’offre ainsi au divin médecin et peut dès lors porter témoignage à l’autorité de son enseignement.

N’ayons donc pas peur du Fils de Dieu comme d’un arracheur de dents : sa parole est vérité et sa mise en pratique libération de l’homme tombé au pouvoir du Mauvais. Toute la violence et les souffrances qui marquent le combat spirituel viennent du démon et de lui seul. Quant au pouvoir du Christ, il vient de sa mort sur la croix où il s’est offert avec une douceur et un amour invincibles. Là, il a poussé un grand cri et rendu l’esprit à son Père afin que tout homme puisse être délivré de ses esprits impurs en communiant à sa passion, et aussi à sa résurrection par la puissance de l’Esprit Saint.