Dimanche 24 février 2002 - Deuxième dimanche de Carême

Superbe !

Genèse 12,1-4 - 2 Timothée 1,8-10 - Matthieu 17,1-9
dimanche 24 février 2002.
 

Superbe !

Superbe, le Vasa, ce vaisseau suédois qui devait être le fleuron et la pièce maîtresse de la flotte : 60 mètres de long, 64 canons, sculpté comme un palais. Il fut lancé le 10 août 1628 et coula aussitôt. Quel bouillon ! Il aurait mieux valu le laisser au sec en guise de monument. C’est ce qu’on voulut faire, ces temps-ci, en le sortant des eaux où il avait dormi tranquille pendant près de quatre siècles pour l’installer dans un musée. Mais voilà qu’il s’avère imprégné de soufre, depuis tout ce temps, et donc en voie de dissolution rapide par l’action de l’acide sulfurique qui se forme inéluctablement au contact de l’air dans l’épaisseur de sa structure en chêne. Quel fiasco, derechef ! N’aurait-on pas mieux fait de le laisser dormir en paix au fond du port ?

Dieu, lui, n’a pas jugé bon de laisser Abraham finir ses jours tranquille dans son trou de Chaldée. Il était pourtant alors âgé de soixante-quinze ans, et c’était déjà beaucoup, si l’on en juge d’après le Psaume 90 : Le nombre de nos années ? Soixante-dix en fait le compte, à quatre-vingts c’est un exploit. Et voilà que le Seigneur l’envoie à l’aventure, pour une errance qui le mènera loin : ce n’est qu’à cent ans qu’il aura Isaac, le fils de la promesse, et encore lui faudra-t-il s’entendre demander de l’offrir, devenu adolescent, en holocauste sur la montagne. Ainsi Isaac préfigura le Fils offert en sacrifice sur la croix.

Abraham obéit au Seigneur parce qu’il crut à la fidélité de celui qui a le pouvoir de donner la vie. En cela il préfigurait Jésus qui fut obéissant jusqu’au bout. Tandis que les Apôtres ne voulaient pas envisager pour lui la souffrance et la mort qu’il leur annonçait, il donna à trois privilégiés d’entre eux la vision de sa gloire. Sur la montagne se dévoila à leurs yeux qui était leur maître : le Verbe incarné, la Lumière née de la Lumière faite chair, et quel serait l’avenir de son obéissance : la divinisation de cette chair de détresse et de mort en chair de lumière, sa métamorphose en corps glorieux.

Nos efforts pour conserver ce qui ne peut que retourner à la poussière ne sauraient que retarder l’inéluctable. Aucune momification, aucune pétrification n’a d’autre avenir que celui du Vasa arraché à ses flots. Mais Dieu a retiré son Fils du gouffre de la mort afin de le soustraire à la décomposition promise à toute chair, et il l’a rétabli dans la gloire de son unité bienheureuse.

Pierre peut bien rêver de trois tentes parce qu’il ignore le mystère grandiose de cette unité. C’est pourquoi la vision venue du ciel doit l’instruire : la gloire de Moïse et celle d’Élie comme prophètes ne s’ajoutent pas à celle du Verbe éternel, mais elles y ont part. Et toute gloire n’est autre que celle du Père qui s’est manifesté dans la nuée lumineuse.

Et de même que nous n’avons pas d’autre espérance de vie que celle qui s’est manifestée dans le Fils venu en notre chair, de même il n’y a pas d’autre chemin de sacrifice que le sien pour nous y conduire. Tous nos efforts de pénitence en ce temps de carême comme en tout temps n’ont d’efficace que s’ils nous donnent part à sa passion.

Contemplons le Christ souffrant et mourant en croix comme l’accomplissement, pour nous et par amour, de la parfaite obéissance qui est la gloire éternelle du Fils bien aimé de toujours à toujours. L’écouter, c’est-à-dire obéir à sa parole, il n’est pas d’autre gloire qui nous soit offerte pour l’éternité. Mais elle nous est vraiment donnée, maintenant, si nous le croyons.

Humilions-nous par amour pour lui et laissons chanter en nous la joie de la Vierge Marie :

Il disperse les superbes,

Il élève les humbles.