Dimanche 4 février 2018 - 5e dimanche Année B

Quelles sont vos bonnes raisons de vivre ?

Job 7,1-4.6-7 - Psaume 146,1.3-7 - 1 Corinthiens 9,16-19.22-23 - Marc 1,29-39
dimanche 4 février 2018.
 

À vrai dire, je ne pense pas qu’il y en ait beaucoup de mauvaises, car, au fond, nous avons bien raison de vivre. Mais cela ne semble plus évident quand le malheur survient et que l’horizon se couvre de nuées obscures. Ainsi Job se trouve en proie à de tels tourments qu’il en vient à maudire sa propre naissance. En disant que « vraiment, la vie de l’homme sur la terre est une corvée », il peut sembler exagérer. Pourtant, son cri rejoint sûrement le sentiment de la plupart des humains, au moins à certaines périodes noires de leur existence.

N’est-ce pas le cas de la belle-mère de Pierre dans l’évangile ? « Elle était au lit, elle avait de la fièvre » dit la traduction liturgique. Mais le texte grec est plus fort : le verbe « être couché » est renforcé par la préposition « kata » qui indique un mouvement descendant. En somme, elle est abattue. Le caractère instantané de son relèvement en douceur me rappelle les confidences d’une amie souffrant, comme beaucoup de nos contemporains, de dépression périodique : le mal de vivre tombe sur elle d’un coup, dure un temps imprévisible et cesse soudain de façon inexplicable, « comme par miracle ». De même, la belle-mère de Pierre est relevée, saisie par la main de Jésus comme s’il la ressuscitait (le verbe relever, « égeirein » en grec, est le plus utilisé pour dire la résurrection du Christ).

Du coup, elle se ressaisit : « La fièvre la quitta, et elle les servait » dit l’évangéliste. Ce détail excite parfois l’ironie de ceux qui y voient le reflet de la condition féminine à l’époque. Cette femme était donc considérée comme juste bonne à faire la cuisine, la vaisselle et le ménage, et d’ailleurs cela explique que tous ces hommes aient été préoccupés de son état, privés qu’ils se trouvaient de ses services ! En réalité, c’est sous-estimer la force du verbe servir, « diakonein » en grec, utilisé ici. N’oublions pas que le Christ lui-même déclare : « Le Fils de l’homme est venu non pour être servi, mais pour servir ». Ici, il explique qu’il doit proclamer l’Évangile et précise : « car c’est pour cela que je suis sorti ».

Saint Paul, dans la deuxième lecture, se situe à la suite du Seigneur dans cette mission principale. Au fait, souffrait-il de troubles bipolaires ? Pas plus que pour la belle-mère de Pierre cela n’est dit dans l’Écriture, mais il y a quelques indices d’une telle possibilité. Tout homme, d’ailleurs, passe par des hauts et des bas au point parfois de perdre le goût de la vie. Toujours est-il que l’Apôtre indique l’annonce de l’Évangile comme sa principale raison de vivre. Ailleurs, il s’interroge sur sa mort prochaine : s’en aller pour être avec le Christ serait bien le meilleur pour lui, mais s’il doit encore être utile, il ne refuse pas le travail.

Frères et sœurs, nous qui ne sommes pas saint Paul, nous portons pourtant, en tant que membres de l’Église, chacun pour sa part, la charge de l’évangélisation aujourd’hui. Ne serait-ce pas là notre meilleure raison de vivre ? Le Christ n’est-il pas, en personne, notre parfaite raison de vivre, lui qui est mort et ressuscité pour venir en aide à tous les hommes souffrants et leur donner la vie, et la vie en abondance ? Rendons grâce d’avoir été choisis pour servir ce dessein de Dieu qui est la source de toute vie et qui offre, par son Fils, sa propre vie divine à tous ses enfants.