Dimanche 11 février 2018 - 6e dimanche Année B

Il n’y a pas d’ancien alcoolique

Lévitique 13,1-2.45-46 - Psaume 101,2-6.13.20-21 - 1 Corinthiens 10,31 - 11,1 - Marc 1,40-45
dimanche 11 février 2018.
 

Un paroissien qui connaissait la question par lui-même me l’apprit un jour, « il n’y a que des alcooliques abstinents ». Les spécialistes confirment cette observation tout à fait générale : ceux qui souffrent de cette maladie ne peuvent revenir à un usage normal de la boisson, mais seulement, pour certains du moins, se « rétablir » en observant une abstinence stricte.

Pour le péché, c’est pareil : il n’y a pas d’ancien pécheur. Les saints nous en administrent la preuve, eux qui, comme saint François d’Assise, par exemple, acquièrent un tel sens de la vraie perfection de l’amour qu’ils se reconnaissent d’autant plus faibles et en faute par rapport à ses exigences. Et tous les fidèles continuent à implorer, à la messe notamment, « Seigneur prends pitié » en se reconnaissant pécheurs.

Pourtant, comme le lépreux d’aujourd’hui, nous avons bien bénéficié d’une purification radicale, celle du baptême dans la mort et la résurrection du Christ. Alors, qu’est-ce que cela change concrètement pour nous si nous restons quand même pécheurs ? La différence est que nous croyons à la grâce qui nous est faite, en vertu de laquelle tous nos efforts pour nous laisser sanctifier, en évitant le mal et en accomplissant le bien, sont vécus en action de grâce. Nous croyons à l’Esprit Saint donné pour purifier les pécheurs du péché, nous croyons à l’amour plus fort que le péché et que la mort, et cela change tout.

Telle est la foi des Apôtres qui ne peuvent se fonder sur leur propre justice pour annoncer l’Évangile : ils sont plutôt constitués, comme le lépreux guéri, sur le pardon reçu qui les purifie de toute prétention personnelle. Ainsi le paria d’aujourd’hui qui se substitue à Jésus au bout du récit pour l’annonce de l’Évangile est-il le type aussi bien de Marie-Madeleine de qui le Seigneur avait expulsé sept démons que de Pierre, triplement pardonné de son triple reniement ou de Paul que le Christ a renversé pour que le persécuteur devienne le héraut de la grâce faite aux nations.

Ainsi, le récit de la purification du lépreux se comprend comme la prophétie du mystère pascal du Christ. Pour nous libérer de la lèpre du péché et de la mort, il prend sur lui ces maux jusqu’à se trouver expulsé de la communauté des vivants et des fils d’Israël : à la fin, il ne peut entrer dans aucune ville. Mais, ressuscité, il envoie ses Apôtres annoncer la bonne nouvelle de la grâce jusqu’aux extrémités du monde : ainsi, en allant à l’Église, c’est bien à lui que de partout l’on vient, lui qui se trouve maintenant séparé des pécheurs jusqu’à sa venue dans la gloire, et qui pourtant demeure avec nous tous les jours jusqu’à la fin du monde.

Il n’y a pas de disciple missionnaire qui ne soit un pécheur témoin de la grâce inouïe qui lui est faite dans le Christ d’être pardonné et envoyé témoigner de l’amour. Ainsi, la devise du pape, « en faisant miséricorde il choisit », vaut pour tous les chrétiens dignes de ce nom, c’est-à-dire qui se reconnaissent pris en pitié comme le lépreux d’aujourd’hui par le Christ qui a voulu donner sa vie pour que tous les hommes soient sauvés par la foi en l’amour de Dieu pour tous.