Dimanche 25 février 2018 - Deuxième Dimanche de Carême Année B

La foi, ce n’est pas la gloire

Genèse 22,1-2.9a.10-13.15-18 - Psaume 115,10.15-19 - Romains 8,31b-34 - Marc 9,2-10
dimanche 25 février 2018.
 

L’exclamation « C’est la gloire ! » salue surtout les succès médiatiques : votre nom dans le journal ou un passage à la télévision par exemple. Les vedettes politiques ou artistiques qui y sont abonnées jouissent d’une aura bien établie auprès du grand public. Leur éclat est si vif que quiconque s’en approche brille auprès de ses proches d’un reflet de cette lumière : un simple autographe reçu en main propre ou, mieux encore, une photo prise en leur compagnie vous assurent de susciter l’intérêt en société.

À l’inverse, Jésus donne ici le plus étonnant spectacle de sa carrière, mais seulement devant trois spectateurs en tout, sans retransmission ni rediffusion. Les privilégiés n’auront même pas droit d’en parler, et d’ailleurs les autres évangélistes notent qu’ils se sont endormis pendant la représentation. Loin de refléter l’éclat de la « vedette », tout ce qu’il leur arrive est d’être couvert de son ombre par une nuée, forcément obscure. Le moins que l’on puisse dire est que le « plan média » du Christ est étrange.

Que n’a-t-il accompli ce signe formidable à l’occasion d’un grand pèlerinage à Jérusalem devant une foule médusée ! Alors il aurait eu du succès. Mais le seul spectacle extraordinaire donné dans la ville sainte fut son lamentable chemin de croix terminé par l’horrible supplice subi hors de la ville, « en banlieue », en somme. Quant à sa résurrection, elle adviendra sans le moindre témoin, dans la solitude du tombeau.

Pourquoi cette discrétion du Fils de Dieu ? En tout cas, elle s’inscrit dans une tradition constante, comme en témoigne le premier Testament. Déjà, le sacrifice d’Isaac nous glace par l’apparente éclipse du Seigneur jusqu’au dernier moment, lorsque son Ange arrête le bras du patriarche au moment fatidique. D’ailleurs, tout au long de l’Alliance, prophètes et psalmistes s’en plaindront, reprochant au Très-Haut de demeurer un « Dieu caché » et de sembler s’absenter tandis que ses fidèles subissent la violence et l’injustice du monde.

Or, depuis Pâques, le régime de sa présence au monde ne semble pas avoir changé. Où avez-vous vu que des saints aient manifesté aux foules la présence de l’Esprit divin en eux par des tours de force éblouissants ? Prenons-en deux des plus remarquables parmi nos contemporains : Jean-Paul II et Mère Teresa. À l’enterrement du premier se sont pressés plus de chefs d’État qu’en aucune autre circonstance pour rendre hommage à cet acteur politique puissant. Mais il était bel et bien mort. Et sa longue fin de vie fut pitoyable aux yeux de beaucoup. Quant au mystère de la petite religieuse à la renommée mondiale, il s’épaissit considérablement à la lecture de son testament spirituel qui révélait sa longue et profonde nuit de la foi.

Alors, allons-nous demander des signes confondants pour faire taire railleurs et sceptiques et nous conforter dans notre propre foi vacillante ? Rappelons-nous plutôt la prière d’ouverture de cette messe du deuxième dimanche de carême : « Tu nous as dit, Seigneur, d’écouter ton Fils bien-aimé ; fais-nous trouver dans ta parole les vivres dont notre foi a besoin : et nous aurons le regard assez pur pour discerner ta gloire. » La foi est vivante : elle a donc besoin de se nourrir chaque jour. Ceux qui se disent croyants non-pratiquants, pouvons-nous donc les croire ? Comment la foi pourrait-elle subsister sans se fortifier chaque dimanche dans l’Eucharistie et tous les jours par l’écoute de la Parole qui est aussi nécessaire à nos âmes que le pain au corps ? Profitons ainsi de ce temps favorable.

La gloire, c’est la résurrection. Mais nous serons toujours dans la perplexité et l’obscurité sur le sens de cette espérance. Nous savons seulement que si nous avons part aux souffrances et à l’humiliation du Christ, alors nous aurons part à sa vie sainte. Déjà, nous en percevons les rayons mystérieux dans l’amour plus fort que le péché et que la mort. Et à la venue du Seigneur nous serons semblables à lui, transfigurés dans sa propre gloire éternelle.