Dimanche 18 mars 2018 - Cinquième dimanche de Carême (textes de l’Année A) - Troisième scrutin pour les catéchumènes adultes

Une tête de mort

Ézéchiel 37,12-14 - Psaume 129,1-8 - Romains 8,8-11 - Jean 11,1-45
dimanche 18 mars 2018.
 

Étonné, l’oncle considère les boutons de manchettes de sa chemise que la nièce vient de regarder de près jusqu’à lui annoncer ce qu’ils représentent : certes discrètement, mais sans aucun doute, la fine gravure figure une tête de mort. On dit souvent que notre époque cache la mort, qu’elle la fuit et ne veut plus la voir. Mais pourquoi, alors, son idée s’infiltre-t-elle jusque dans des détails aussi incongrus ? Comme l’eau fait obstinément son chemin là où l’on voudrait l’empêcher de passer (les propriétaires de bateaux et de châteaux ne le savent que trop !) de même la pensée de cette fin inévitable de tout vivant, résolument refoulée, revient aux lieux les plus inattendus.

En réalité, elle colle partout à la vie, la mort poisseuse qui empoisonne nos jours, elle nous terrorise et nous fascine : mieux vaut le reconnaître que de le nier. Ainsi, cette pensée fut cultivée par des philosophes et des spirituels. « Memento mori » (« Rappelle-toi que tu vas mourir ») est un thème très répandu au Moyen Âge, illustré ensuite par de nombreux peintres qui composèrent des « vanités », c’est-à-dire des natures mortes symbolisant l’inanité de l’existence terrestre fugitive.

Plus précisément, il nous est bon de repérer nos compromissions et complicités avec la mort, et comment nous pactisons avec elle. Par exemple par le suicide - « assisté » ou non -, l’euthanasie et toute sorte de meurtre que l’on croit pouvoir justifier. Ou encore par la délectation morose, en particulier dans le deuil excessif, ou par la déception et le dépit. Par les conduites à risque, le déni du danger, le défi à la Camarde : « Viva la muerte ! » ou « S’en fout la mort ».

Mais le travail philosophique et psychologique, pour salubre qu’il soit, ne nous libérera pas : il ne peut, au mieux, qu’être une préparation à la guérison que seul le Christ nous offre. La libération ne s’effectue que par la foi en celui qui se présente lui-même comme « la résurrection et la vie ». Sa question à Marthe s’adresse à chacun de nous : « Crois-tu cela ? ». Mais Marthe répond : « J’ai toujours cru, Seigneur », sans s’arrêter à la nouveauté de la parole du Maître, et elle tourne les talons. Marie elle-même, s’effondre en pleurs comme les Juifs en deuil. Voilà la vraie raison de la profonde émotion de Jésus : il ne pleure pas comme eux, mais comme le Messie qui déplore l’endurcissement de son peuple, ainsi qu’il l’a fait devant Jérusalem : « Ah si tu avais reconnu le temps où tu étais visitée ! »

Le Christ est bouleversé de ne pouvoir obtenir la foi de ceux qu’il aime, bien plus que par la mort physique de son ami Lazare. Car l’incrédulité est la mort de l’âme, la quintessence du péché qui est entré dans le monde par la jalousie du démon. Mais si Jésus lui-même se découvre incapable de donner le salut par la foi aux siens, qui vous le donnera ? Lui seul, bien sûr, mais passé par sa Pâque de ce monde au Père, élevé dans la gloire qu’il avait avant le commencement du monde et soufflant désormais l’Esprit sur ses disciples.

C’est pourquoi je vous invite, chers amis catéchumènes, à vous tourner vers la croix pour implorer celui qui n’a pas craint pas de se donner, de se perdre, par amour des hommes pécheurs. Ce qu’il vous offre n’est pas une douce illusion d’échapper à la mort inéluctable qui est la fin de tout vivant depuis le premier péché, mais une vie qui ne finira pas. La foi qui sauve est un don de Dieu, une œuvre de puissance du Fils par la grâce de son mystère pascal, un exorcisme radical de notre refus de croire, comme nous allons le célébrer maintenant.

Une tête de mort, voilà ce que bien des crucifix figurent sous la croix du Christ dans ce qui représente le Golgotha. C’est celle d’Adam, et donc de tout homme, c’est celle de chacun de vous. Regarde et demande la foi. Ne t’exaucera-t-il pas, celui qui est ressuscité ? Alors tu diras : « Si je traverse les ravins de la mort, je ne crains aucun mal, car je suis avec toi. »