Dimanche 1er avril 2018 - Jour de Pâques - La Résurrection du Seigneur - Baptême de deux petits enfants : Vianney et Charlotte

Avant, on attachait les enfants

Actes 10,34a.37-43 - Psaume 117,1-4,16-17,22-23 - 1 Corinthiens 5,6-8 - Jean 20,1-9
dimanche 1er avril 2018.
 

Jadis, les tout-petits étaient enveloppés de langes : ainsi ils ne gigotaient plus et ne risquaient pas de s’échapper. Langes, linges, le rapprochement s’impose : ceux dont Jésus se trouve revêtu au berceau et au tombeau l’ont inspiré aux peintres des Nativités. Les morts étaient ainsi ligotés, c’est pourquoi Jésus dit de Lazare sorti du tombeau : « Déliez-le et laissez-le aller ! »

Quand le disciple bien-aimé pénètre dans le tombeau, la vue des bandelettes reposant à plat lui révèle soudain que l’Écriture s’est accomplie, car elle annonçait que Dieu libérerait son bien-aimé des liens de la mort. D’ailleurs, « le suaire qui avait entouré la tête de Jésus roulé à sa place » évoque clairement les rouleaux de la Loi : l’Ancien Testament qui devient nouveau lui aussi à la lumière du Nouveau, car le voile est levé, trouve place dans le corpus canonique chrétien comme témoignage rendu au Christ. C’est pourquoi l’évangéliste conclut : « Jusque là, en effet, les disciples n’avaient pas compris que, selon l’Écriture, il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts. »

Aujourd’hui, on ne lange plus les enfants pour les ligoter serré. Mais maintenant encore on les attache au Christ par le baptême, ainsi que cela se réalise pour Vianney et pour Charlotte : et c’est ainsi que s’accomplit leur libération. Attaché pour être libéré : comment comprendre ce paradoxe ? Eh bien, par exemple, beaucoup parmi vous se sont levés relativement tôt pour venir à la messe de Pâques car ils en reconnaissent l’obligation : obligé, lié, c’est pareil. Certains diront que ce n’est pas bien, qu’il faut venir librement porté par son désir et que sinon cela ne vaut guère. Moi je vous dis que si, c’est très bien ; du moins si vous savez ce que vous faites.

En effet, chacun peut reconnaître que les époux observant fidèlement leurs obligations envers leur conjoint, et bien sûr les parents remplissant leurs devoirs envers leurs enfants quoi qu’il leur en coûte ne sont pas aliénés à une tyrannie extérieure mais s’acquittent de ce qui les honore et les accomplit eux-mêmes. À l’inverse, comme chacun aussi le voit bien, les gens qui ne se lèvent pas le matin et se gavent des diverses drogues dont ils ne peuvent se passer ont beau prétendre « faire ce qui leur plaît », ils sont les malheureux esclaves de leurs passions.

Se vouloir libre de tout lien social et s’occuper uniquement de ses plaisirs, c’est avoir partie liée au péché et à la mort. S’attacher au Christ et remplir fidèlement sa vocation baptismale en renonçant à soi-même, c’est recevoir la formidable liberté d’aimer. Le baptême que vont recevoir Vianney et Charlotte, frères et sœurs, nous libère de l’orgueil et de l’égoïsme qui nous tournent sur nous-mêmes et nous enchaînent au péché entré dans le monde par la jalousie du démon, homicide dès l’origine.

Voilà ce que le disciple bien-aimé a cru en voyant les liens de la mort tombés du corps de Jésus. Mais nous, dirons certains, nous n’avons rien à voir de semblable ? Moi je vous dis si : nous voyons la libération effectuée dans la personne des saints, car en renonçant à eux-mêmes, ils deviennent libres d’aimer, et cela se voit. Mais dirons encore certains, les saints sont trop rares, d’habitude nous n’en voyons pas. Moi je vous dis si : le Seigneur qui a promis de nous sanctifier tient sa parole. Dans la mesure où nous sommes fidèles à notre vocation baptismale, nous sommes affranchis de notre attachement au péché et à nous-mêmes pour être établis dans la liberté d’aimer. Et dans la mesure où nous ne sommes pas encore sanctifiés, nous reconnaissons nos péchés et supplions le Seigneur de nous les pardonner, ce qu’il fait par la puissance de l’Esprit Saint.

Attachons-nous nous donc au Christ ressuscité qui nous montre le chemin de la liberté d’aimer jusqu’au don de sa propre vie. Ne nous contentons pas de venir le voir en passant une fois par an, unissons-nous à lui de tout notre cœur. Ainsi nous sera accordée la vie divine, déjà dans le temps présent malgré les épreuves, et dans la joie parfaite au dernier Jour pour les siècles des siècles.