Dimanche 8 avril 2018 - Deuxième dimanche de Pâques - Fête de la Divine Miséricorde

On cherche toujours le corps

Actes 4,32-35 - Psaume 117,1-4,16-17,22-23 - 1 Jean 5,1-6 - Jean 20,19-31
dimanche 8 avril 2018.
 

Tant que le corps reste introuvable, les familles de disparus éprouvent le plus grand mal à faire leur deuil de la personne aimée, même lorsque sa mort paraît certaine. Quant aux enquêteurs, ils n’ont de cesse de retrouver la dépouille de la victime pour la « faire parler » et fournir des éléments souvent indispensables à la justice.

Le corps de Jésus déposé au tombeau ne s’y trouve plus le lendemain, et on le cherche encore aujourd’hui : en forme de fiction ou de fausse nouvelle, de temps à autres certains évoquent une découverte possible. Le fait est que cette absence reste une énigme : qui donc a fait disparaître le corps ? Les responsables de sa mort ? Sûrement pas : au contraire, ils ont pris des dispositions, nous dit saint Matthieu, pour éviter cette éventualité. Les disciples, alors ? Mais vous pensez bien que s’ils avaient récupéré le corps, cela aurait été pour le vénérer. Quant à imaginer qu’ils le cachent pour mieux prétendre qu’il était ressuscité, cela n’a aucune vraisemblance : où les hommes accablés par la fin atroce de leur maître, encore attestée par la dépouille portant les marques du supplice, auraient-ils trouvé l’énergie de forger cette imposture et de la proclamer à la face du monde au risque de leur propre vie ?

Oui, l’absence du corps de Jésus de Nazareth reste un mystère. Mais vous, frères et sœurs, vous croyez qu’il est ressuscité, bien sûr ! Ne le croyez-vous pas ? Pourtant, vous n’avez pas de preuve, il me semble. Votre foi repose sur celle des Apôtres qui, eux, ont vu le Seigneur ressuscité. Cela ne les a pas empêché d’avoir des doutes, les évangiles s’en font largement l’écho ! Et si Thomas a vu avant de croire, cela n’enlève rien à son acte de foi en Jésus comme Seigneur et Dieu. En tout cas, désormais le Christ est au ciel, à la droite de Dieu, et nous ne le verrons pas avant le dernier Jour.

Alors faut-il renoncer à chercher son corps ? Pas du tout, au contraire : il est nécessaire de le trouver pour croire, à condition de le reconnaître au bon endroit. Vos pensées, peut-être, s’orientent déjà vers l’Eucharistie. Fort bien. Mais certains diront que croire à la présence réelle est encore plus difficile que de croire à la résurrection ! Allons donc au bout du mouvement de l’Eucharistie : dans un instant, le Seigneur va réaliser la présence de son corps par la puissance de l’Esprit Saint, mais ensuite il va disparaître ! En effet, ce corps est donné à partager et à manger aux disciples rassemblés en son nom. Et après, que restera-t-il ? Le corps du Seigneur ! Mais son corps mystique, ainsi que l’a appelé la Tradition.

Mystique, en effet, ne signifie pas éthéré et sans consistance mais, au contraire, physique et bien réel. Il s’agit de l’Église, comme peuple de Dieu et Temple de l’Esprit Saint, de nous en somme ! Donc, quelle preuve sommes-nous de la résurrection du Seigneur en chair et en os ? Nous ne faisons pas beaucoup de prodiges aux yeux des hommes ni se paraissons à l’évidence plus forts ou intelligents qu’eux. Alors, quelle est notre spécificité éclatante, sinon l’unité dans la charité pour laquelle Jésus a prié à la veille de sa Passion ? Or, ce régime vraiment nouveau a pour nom miséricorde, cette caractéristique chrétienne qui prend sa source dans la « Divine Miséricorde » que nous fêtons aujourd’hui.

Jésus en soufflant sur ses Apôtres au soir de la Résurrection, nous venons de l’entendre, ne mentionne qu’une seule œuvre de l’Esprit Saint : le pardon des péchés. Car le pardon est le principal fruit de l’Esprit, celui dont découlent tous les autres : sans la guérison de notre rapport à Dieu, racine de tous nos rapports humains, aucun autre aspect du salut n’est possible. Notre corps ecclésial n’est digne de son nom que s’il vit réellement cet amour de compassion et d’indulgence qui nous fait aller jusqu’au don de nous-mêmes pour venir en aide à quiconque souffre ou s’égare. De cette miséricorde témoignent les plaies du Christ montrées à Thomas, signes et réalités de ce trop grand amour de Dieu pour nous, manifesté en son Fils bien-aimé.

C’est pourquoi Jésus dit aussi : « À qui vous retiendrez ses péchés ils seront retenus ». En effet, quiconque refuse d’entrer dans l’amour mutuel qui compatit et pardonne ne saurait demander le pardon pour lui-même. Gardons-nous-en, frères et sœurs, redoublons plutôt d’ardeur dans la miséricorde qui unit les disciples en Dieu, et nous serons ce Corps du Seigneur que tout le monde cherche encore aujourd’hui, car il est la Vie.