Dimanche 22 avril 2018 - Quatrième dimanche de Pâques B

Le juste prix de la consultation

Actes 4,8-12 - Psaume 117,1.4.8-9.22-23.28-29 - 1 Jean 3,1-2- Jean 10,11-18
dimanche 22 avril 2018.
 

Consulter signifie demander conseil afin d’éclairer sa réflexion en vue d’une décision. S’agissant d’un médecin, l’avis peut vite tourner à la prescription. Et si l’intervention s’impose, elle implique une remise de soi entre les mains de celui qui l’opère. Le parient passe ainsi du facultatif à l’obligatoire, puis à la soumission totale. Les grands malades ne savent que trop ce que coûte le renoncement progressif à sa volonté propre où vous entraîne un tel parcours.

Dans les évangiles, Jésus se compare souvent à un médecin. Aujourd’hui, nous le voyons se présenter comme le Bon Berger. Les images se complètent pour dessiner la figure du Messie annoncé par les prophètes. Isaïe, en particulier, l’appelle « Merveilleux conseiller, Dieu fort, Père à jamais, Prince de la paix » (Is 9,6). Ces dénominations illustrent bien les modalités successives de notre recours à Jésus, médecin et pasteur de son peuple, sauveur de tous les hommes.

Sachons d’abord nous tourner vers lui fréquemment pour le consulter en toute simplicité. Dans le doute ou la perplexité, mais aussi lorsque nous allions agir avec assurance et rapidité, jetons un regard vers la croix ou la représentation qui marque la présence du Christ à l’endroit où nous sommes : Toi, Seigneur, qu’en dis-tu ? Et bien sûr, si le lieu est dépourvu de telle image, il nous reste l’icône intérieure, toujours disponible. L’important est de vraiment solliciter le divin conseiller qui ne laisse aucune question sans réponse, fût-elle en forme énigmatique ou paradoxale.

En tout cas, si nous pressentons quelque prescription difficile ou inquiétante ne fermons pas notre cœur par crainte. Telle parole de l’évangile nous vient à point nommé et nous comprenons que l’amour qu’il commande n’est pas une parole en l’air, mais la nécessité de l’instant. Rappelons-nous que le chemin de sainteté qu’il indique est aussi celui du bonheur, quoi qu’il nous en coûte de le prendre. Et si nous hésitons dans notre faiblesse à obéir à l’appel que nous avons pourtant bien entendu, demandons au Dieu fort de nous en donner le cœur.

Enfin, si se présente le temps d’une épreuve inéluctable, sachons aller jusqu’à l’abandon de nous-même à celui qui reçoit le nom de « Père à jamais » parce que lui-même a bu la coupe jusqu’à ces dernier mots : « Père, entre tes mains je remets mon esprit ». Espérons que ce sera le cas à notre dernier souffle, « à l’heure de notre mort », et demandons-le sans relâche. Mais comprenons bien que maintenant déjà, au fil de l’existence, des circonstances justifient une telle confiance absolue au Prince de la paix : rien n’est à craindre en ce monde sinon de perdre l’heureuse harmonie rétablie entre Dieu et nous par son Fils en son mystère pascal.

En effet, le « prix de notre grâce », qui nous vaut de pouvoir consulter le parfait médecin de nos âmes très librement en toute situation, c’est son sacrifice accompli sur la croix, couronné en sa résurrection par laquelle il nous a « justifiés », c’est-à-dire rétablis dans une relation habituelle d’amour et de confiance avec notre Créateur et Père. Mais bien sûr, si nous acceptons de devenir ses brebis, nous aurons à suivre fidèlement ce guide sur le chemin qu’il nous a ouvert jusqu’à verser nous-mêmes le juste prix du salut : si nous mourons avec lui, avec lui nous vivrons ; si nous souffrons avec lui, avec lui nous régnerons.

À vrai dire, personne ne saurait payer sa grâce d’un juste poids de souffrance et de mort. Mais chacun doit passer par le renoncement total à soi-même, cette mort de l’égo qui ne se vit pas sans douleur, conduit en ce passage par le Berger qui se donne lui-même : ainsi il peut recevoir Jésus Christ comme sa vie pour les siècles, et c’est en cela justement que consiste le salut. C’est pourquoi répondre à l’appel du Seigneur et le suivre procure une joie qui n’a pas de prix, et qui sera sans fin.