Dimanche 29 avril 2018 - Cinquième dimanche de Pâques B

Tu en répondras sur ta tête !

Actes 10,25-26.34-35.44-48 - Psaume 97,1-4.6 - 1 Jean 4,7-10 - Jean 15,9-17
dimanche 29 avril 2018.
 

Les soldats romains, par exemple savaient que si le prisonnier confié à leur garde s’échappait, ils le payeraient de leur vie. Cela explique la décision surprenante du centurion qui convoie saint Paul vers Rome : lorsque le bateau pris dans la tempête est proche de s’échouer à Malte, il ordonne de tuer tous les prisonniers. En effet, plutôt que risquer de les voir saisir l’occasion de fuir à la nage, il assurera sa propre survie en les mettant à mort de manière à pouvoir rapporter leurs corps. Heureusement, l’officier écoute Paul et se ravise : tous auront la vie sauve !

Pour les disciples du Christ, il en va comme pour les soldats romains, sauf que c’est le contraire. Chacun est confié à la garde de tous les autres, mais en vue de sa libération et non de sa captivité. Pardonner les offenses, remettre les dettes, c’est laisser l’autre aller librement au lieu de le retenir. Or, le Seigneur est extrêmement clair à ce sujet, et même très sévère : « Si vous ne vous pardonnez pas les uns aux autres de tout votre cœur, mon Père non plus ne vous pardonnera pas ». Le fruit que nous devons porter est d’abord de miséricorde entre nous et, vous l’avez entendu, « Tout sarment qui est en moi mais ne porte pas de fruit, mon Père l’enlève » ; et ensuite : « Les sarments secs, on les ramasse, on les jette au feu, et ils brûlent ».

Si vous ne croyez pas à cette parole, vous n’êtes pas disciples du Christ. Mais, si vous y croyez, alors tremblez ! Car, qui de nous ne se trouvera pas pris de panique devant l’obligation de pardonner tandis que son cœur est saisi de colère et de désir de vengeance à cause du tort subi ? Certes, selon le principe de la contrition imparfaite, je peux toujours « pardonner » par crainte du châtiment si je ne le fais pas. Mais sera-ce vraiment un pardon « de tout mon cœur » ? Une seule solution : me jeter aux pieds du Seigneur dans ma faiblesse et mon imperfection. N’entendra-t-il pas mon cri, n’exaucera-t-il pas ma demande sincère ? Il m’inspirera d’abord la compassion pour mon frère qui a fauté : ne devrais-je pas avoir peine et honte pour lui, et prier pour lui plutôt que de rester focalisé sur ma blessure et mon propre dépit ? Ne faisons-nous pas partie du même corps, sa vie n’est-elle pas aussi la mienne ? En effet, quand Jésus dit : « La Vigne, c’est moi », il signifie que le peuple de Dieu est bien son propre corps, et donc qu’une même sève l’irrigue. Quand un membre pèche, tout le corps est blessé ; quand il se repend et se laisse purifier, tout le corps est sanctifié. Voilà ce qu’il faut désirer pour mon frère comme pour moi-même.

Une seule chose est fatale : se couper du corps. Si je me coupe d’un seul membre, mon frère, en disant : « Je ne veux plus le voir », je me coupe aussi du Christ qui est la Vigne. Les sarments sont solidaires dans la faute comme dans la sanctification : voilà ce que je dois me rappeler en toute tentation de rejeter l’autre, quelle qu’en soit la bonne raison. Une communauté de miséricorde, de compassion et de pardon, voilà le fruit d’amour et de charité en vérité et en actes qui rend gloire au Père de Jésus Christ. Or, ce fruit ne peut être porté que par le corps tout entier dont le Christ est la Tête. Quelle bonne nouvelle, frères ! Entre nous, plus d’envie, de rivalité ni de jalousie, car la gloire et l’honneur de chaque membre sont ceux de tous. Quand au péché de chacun, il pèse sur le corps entier, mais le corps entier prie pour chacun afin qu’il soit pardonné et sanctifié, en sorte que la sainteté de tous s’accroisse et demeure.

Chacun de nous, frères et sœurs, est responsable sur sa tête de tous les autres. Mais le Christ, notre Tête, a pris sur lui par amour la mort et le châtiment des pécheurs afin de nous offrir sa vie de Ressuscité à partager pour l’éternité. Il nous suffit donc de nous traiter les uns les autres avec miséricorde et de demander l’Esprit de Sainteté pour devenir cette Vigne qui rend gloire au Père et brille aux yeux du monde en sorte que les hommes croient et soient sauvés.