Dimanche 6 mai 2018 - Sixième dimanche de Pâques B

As-tu trouvé ton alizé ?

Actes 10,25-26.34-35.44-48 - Psaume 97,1-4.6 - 1 Jean 4,7-10 - Jean 15,9-17
Sunday 6 May 2018.
 

Les vents réguliers qui portent vers l’ouest aux alentours des tropiques firent le bonheur des navigateurs voguant vers le Nouveau Monde. Ils devaient toutefois prendre garde à ne pas s’endormir dans le confort du courant pour ne pas se retrouver tout ébahis dans le pot au Noir. Hantise des capitaines, ce calme plat, cette pétole, pouvait les piéger pendant des jours, voiles lamentablement pendantes et langues des marins aussi, jusqu’à les rendre fous et perdre le bâtiment.

La vie chrétienne est une semblable aventure, traversée heureuse que menace pourtant l’encalmie désolée. Le baptême sonne l’heure brave et joyeuse de l’appareillage. L’Esprit Saint comme une brise inlassable souffle et pousse la nef du disciple vers le Nouveau Monde où le Christ a préparé une place pour chacun. La communauté des croyants, comme une barque qui ne manque pas de pilote, les rassemble en équipage animé d’une belle mission à laquelle tous participent. Quelle route sûre et exaltante s’offre à ceux qui répondent présents lorsque le Seigneur les appelle !

Mais gare à ne pas s’assoupir, car le démon rôde et guette depuis les abîmes où il veut nous entraîner. Or, sa ruse la plus ordinaire consiste à ne rien laisser paraître tandis qu’il dissout lentement l’enthousiasme des premiers temps et fait tourner bientôt la routine en doute, puis en dédain jusqu’à l’écœurement. Et voilà le vaillant qui voguait sur les ailes des alizés pris dans les miasmes de l’ennui, de l’acédie et du dégoût de ce qui faisait sa joie et sa gloire. Mes amis, comment échapper à ces menées dont aucun de nous ne peut éviter qu’elles l’atteignent en tentation un jour ou l’autre de sa navigation ?

Demeurez en moi, nous dit et répète le Seigneur ; mais aussi : « afin que vous alliez ». Comment aller tout en demeurant ? C’est bien ce que fait le marin qui ne quitte pas le petit espace clos de son bateau tout en fendant les flots vers sa destination. Ainsi agit le chrétien fidèle à la Parole dans l’Église qui poursuit sa course missionnaire. Le Christ demeure en nous et nous en lui quand nous accueillons l’Évangile avec ferveur et le mettons en pratique avec zèle, en premier lieu par la vie fraternelle des disciples dans la charité de Dieu. Ceux qui se conduisent ainsi ne tomberont sûrement pas dans les pièges du démon. Les ténèbres du doute et des péchés ne les submergeront pas, fussent-ils malades, isolés ou en prison, car ils se laisseront toujours pousser par l’Esprit donné pour le pardon et l’évangélisation.

C’est pourquoi, loin de fuir les périls et les fatigues de la route en haute mer, le fidèle du Christ les affrontera volontiers, sûr que tout se joue justement en plein vent des événements du monde, au contact des réalités les plus diverses, parfois indifférentes ou hostiles mais aussi souvent déjà imprégnées de l’Esprit Saint qui nous précède en tout homme pour qui le Seigneur a donné sa vie. Les contemplations et méditations sont des préparations, mais l’enjeu véritable se trouve au milieu du monde : c’est là qu’il faut demeurer dans le Christ et dans sa parole d’Amour pour qu’avance la nef du salut en vue du monde nouveau.

Le mouvement dont les textes de ce jour sont animés est celui de l’Amour de Dieu qu’il a manifesté pour nous en son Fils mort et ressuscité pour notre salut, et qu’il manifeste en nous lorsque nous vivons en baptisés digne du nom qu’il nous a donné, celui de chrétiens. Ce mouvement a un nom : l’Esprit Saint répandu sur nous comme un souffle pour sûr et plus puissant qu’aucun vent alizé, et qui nous portera jusqu’au port de l’éternité, au cœur de celui qui est la Lumière née de la Lumière et le Bien-Aimé pour toujours.