Jeudi 10 mai 2018 - L’Ascension du Seigneur Année B

L’Ascension ne tombe jamais le 1er mai, mais c’est vraiment la fête du travail !

Actes 1,1-11 - Psaume 46,2-3.6-9 - Éphésiens 4,1-13 - Marc 16,15-20
jeudi 10 mai 2018.
 

« Ce n’est pas de la magie, c’est du travail », vous diront tous les illusionnistes honnêtes et les prestidigitateurs dont le nom difficile fait référence à leurs doigts entraînés. Ils vous le diront aussi, les sportifs de haut niveau que nous qualifions d’extraterrestres.

Notre propension à voir de la magie partout s’explique par notre faiblesse et la douloureuse expérience trop fréquente de notre impuissance. Comme des enfants imaginatifs, nous rêvons d’homme augmenté, de supers pouvoirs et de facultés extraordinaires qui nous permettraient d’échapper à notre humble condition. Mais le Fils de Dieu a précisément pris cette condition pour l’honorer et la sauver. Or, ce choix est sans retour, comme le souligne la préface de cette fête de l’Ascension : « Il ne s’évade pas de notre condition humaine : mais en entrant le premier dans le Royaume, il donne aux membres de son corps l’espérance de le rejoindre un jour. »

La finale de l’évangile de Marc que nous entendons aujourd’hui se termine par cette phrase : « Le Seigneur travaillait avec eux et confirmait la Parole par les signes qui l’accompagnaient. » Non seulement le Seigneur Jésus a travaillé dans sa jeunesse comme charpentier fils de charpentier, puis dans sa vie publique en tant que Serviteur de la grâce voué inlassablement à la prédication du Royaume, à l’expulsion des démons, à la guérison des malades et à la formation de ses disciples, mais encore il continue à travailler avec ses Apôtres jusqu’à la fin du monde. Comment, dès lors, refuserions-nous de travailler aussi et voudrions-nous que « par l’opération du Saint-Esprit » nous en soyons dispensés ?

Quant aux signes, ils sont donnés, nous dit ce passage d’évangile, pour confirmer la Parole qu’ils accompagnent. La liste de ces signes fait clairement allusion à la Pentecôte et aux voyages apostoliques de saint Paul que rapportent les Actes des Apôtres : expulser des démons, parler en langues, empoigner des serpents, imposer les mains aux malades et les guérir. Mais ce n’est pas l’apanage des seuls chefs de la communauté, puisque le texte dit : « Voici les signes qui accompagneront ceux qui deviendront croyants ». Tous les vrais fidèles, disciples du Seigneur, sont appelés à entrer dans la carrière et à bénéficier des signes qui accompagnent les travailleurs.

Quel genre de travail sommes-nous donc tous appelés à faire, quelle que soit notre vocation particulière, et même si nous semblons ne pas en avoir ? Saint Paul, dans le passage de la lettre aux Éphésiens entendu en deuxième lecture, nous l’expose avec assez de force et de clarté : nous supporter les uns les autres avec humilité, douceur et patience, voilà déjà un programme considérable qui implique un rude travail sur soi-même. D’ailleurs, selon la grande tradition des Pères du désert, une voie privilégiée de la sainteté est de la chercher au bout du labeur généreux et constant de toute une vie.

Quant à garder l’unité dans la paix, cela ne se peut sans l’activité incessante des artisans en la matière, eux que le Christ déclare bienheureux et fils de Dieu. Et si les pasteurs et ceux qui enseignent doivent se dépenser avec une ardeur particulière, ils n’arriveront à rien sans la coopération assidue à leur ministère des fidèles au service de qui ils sont établis par le Seigneur.

Alors, soyons sérieux : oublions toute magie et mettons-nous au travail. Enfin, dès demain, du moins, car aujourd’hui, c’est jour de fête pour les ouvriers du Seigneur : l’Ascension ne tombe jamais le 1er mai, mais c’est vraiment la fête des travailleurs ! Reposons-nous donc dans l’action de grâce et la joie du Royaume de Dieu.