Dimanche 13 mai 2018 - Septième dimanche de Pâques B

Si je dis « Je crois », c’est que je ne suis pas sûr ?

Actes 1,15-17.20a.20c-26 - Psaume 102,1-2.11-12.19.22 - 1 Jean 4,11-16 - Jean 17,11b-19
dimanche 13 mai 2018.
 

L’usage pourrait le laisser penser : « Je crois qu’il va faire beau, je crois qu’elle l’aime », c’est un peu incertain. Alors, quand nous disons : « Je crois en Dieu », n’est-ce pas trahir notre part de doute dans l’affirmation ? Certains le soutiennent en opposant la connaissance à la croyance. Pauvres innocents qui ne mesurent pas qu’en disant « je sais », ils croient savoir ! Les vrais scientifiques, eux, n’ignorent pas que la raison recommande l’abandon de l’illusion du savoir absolu qui enivra le XXème siècle. Avec l’humilité d’une sagesse nouvelle, ils ont pris conscience de la relativité et de la fragilité de toute théorie : plus nous en apprenons sur la réalité, et plus elle se révèle profonde au-delà de nos concepts. À vrai dire, à mesure que la connaissance raisonnable progresse tant soit peu, le savant découvre davantage l’immensité de son ignorance.

Faut-il pour autant abandonner la notion même de vérité ? Curieusement, c’est souvent l’opinion des mêmes scientistes pourfendeurs des doctrines de la foi, rejoignant ainsi l’opinion commune de l’occidental moderne revenu de tout « dogmatisme », ou du moins de ce qu’ils croit être tel. Non seulement cette attitude est ruineuse pour l’esprit, mais encore elle ignore le fonctionnement même de la raison qu’elle croit maîtriser. En fait, celui qui cesse réellement de croire à la vérité ne peut que sombrer dans la folie furieuse. Heureusement, ceux qui professent une telle incroyance ne savent même pas qu’ils parlent ainsi contre leur pensée.

La vérité est un thème essentiel dans l’évangile de Jean. En particulier aujourd’hui nous entendons Jésus prier ainsi : « Sanctifie-les dans la vérité : ta parole est vérité... pour eux je me sanctifie moi-même afin qu’ils soient, eux aussi, sanctifiés dans la vérité. » En offrant sa vie jusqu’au sacrifice de la croix, Jésus témoigne de la vérité de la parole de Dieu : il est « martyr », ce qui signifie en grec « témoin ». Il nous révèle ainsi qu’en ce monde la question de la vérité, inséparable de celle de la justice, relève du combat spirituel et de l’engagement personnel jusqu’au don de soi. Toute parole vraie est testimoniale, comme aussi toute acte juste.

Quand nous disons « Je crois en Dieu », nous attestons que la vérité nous dépasse, qu’elle nous précède et nous surplombe, et que la recevoir nous oblige à nous offrir au Père comme Jésus lui-même. Il n’est rien de plus juste que cette parole. Alors, avec saint Jean, nous pouvons même affirmer savoir que Jésus est le Saint, le Saint de Dieu, selon la formule qu’il met dans la bouche de l’Apôtre Pierre. En effet, nous ne pouvons rien savoir de plus sûr en ce monde. Seulement, ce savoir de la foi n’est pas notre propriété privée : il demeure un don, comme une fleur que nous fait l’Esprit, mais que menace toujours le souffle empesté de l’Ennemi, celui que nous sentons quand le doute nous saisit. Pourtant, nous échappons au mal dès que nous renouvelons l’acte d’humilité dans lequel nous avons d’abord confessé le Christ, car l’Amour qui a vaincu la mort est le plus fort ; et son Père, à sa prière, nous garde du Mauvais comme lui-même a gardé ses Apôtres.

Ici peut nous venir une perplexité : Judas n’a-t-il pas failli, lui, et même irrémédiablement ? N’est-ce pas du traître qu’il s’agit quand Jésus évoque « celui qui s’en va à sa perte » comme une exception à l’affirmation qu’aucun ne s’est perdu ? S’il est difficile de soutenir le contraire, rien n’oblige pourtant à identifier purement et simplement Judas à ce « fils de perdition », comme se traduit littéralement l’expression utilisée en grec. En effet, quand Jésus appelle Pierre « Satan » en lui enjoignant de « passer derrière lui », cela ne signifie pas que l’Apôtre soit identiquement le Démon. À la lumière de toute l’Écriture, nous comprenons que l’homme peut se trouver à un moment possédé par l’esprit impur au point qu’il dise ou fasse ce que cet imposteur lui suggère. La suite nous montre que pour Pierre ce ne fut pas irrémédiable. Rien n’empêche de penser qu’il a pu en être de même pour Judas, bien que nous n’en ayons pas la preuve. Et c’est bien ce que l’Église espère.

Quand nous disons croire en Dieu, nous nous engageons à vivre en témoins du salut que son Fils a obtenu pour tous les hommes qui ne le refuseront pas, nous en sommes sûrs.