Dimanche 20 mai 2018 - Pentecôte B

Un bon parcours d’orientation est intéressant pour les jeunes

Actes 2,1-11 - Psaume 103,1.24.29-31.34 - Galates 5,16-25 - Jean 15,26-27 ; 16,12-15
Sonntag 20. Mai 2018.
 

Je pense à tous ceux qui, en cette période de l’année, connaissent les affres des examens ou des concours, et à leurs parents aussi ! Trouver sa voie et préparer son avenir constituent de plus en plus, et de plus en plus tôt, une grave préoccupation pour les générations montantes en nos sociétés de performance obligée et de concurrence parfois acharnée. En ce jour de Pentecôte, nous pouvons demander pour eux la sérénité et l’assistance de l’Esprit Saint.

Mais, plus paisiblement, je pense aussi aux activités pédagogiques en pleine nature qui visent à développer et affiner les cinq sens chez les participants : qu’ils apprennent à voir, à entendre, à toucher à sentir et à savourer ce qui les entoure. Le besoin s’en fait d’autant plus urgent pour des enfants trop souvent noyés dans leurs écrans et leurs jeux vidéo, et ainsi coupés de la réalité... réelle ! Ici, l’on ne saurait trop leur recommander le scoutisme, avec son insistance sur la vie en plein air, et d’ailleurs aussi sur le « devoir envers Dieu ».

À ce propos, la vie chrétienne est bien une sorte de parcours d’orientation qui requiert goût et jugement, les deux étant étroitement liés. Le fruit de l’Esprit doit se savourer pour que le désir s’en accroisse : amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, fidélité, douceur et maîtrise de soi, nous dit saint Paul. L’Apôtre égrène aussi une série de vilenies que je ne vous invite pas à apprendre par cœur, comme je le fais en revanche pour la litanie de ces vertus qu’il nous faut acquérir et laisser grandir en nous. En effet, il n’y a pas d’équivalence entre la grâce et le péché. Et c’est sur le bien que nous devons nous focaliser plutôt que sur le mal, même si c’est pour nous efforcer de l’éviter. Le Christ n’a-t-il pas aimé, sauvé et envoyé en mission des pécheurs sans attendre qu’ils soient sans faute ? Si nous laissons l’Esprit développer en nous le goût du bien, il nous inspirera aussi davantage l’aversion pour le mal.

C’est pourquoi je ne m’explique pas autrement les graves perversions que l’on observe dans l’Église chez des hommes de qui l’on n’attendrait pas de tels égarements. J’ai en vue en particulier la triste actualité de ces évêques chiliens que le pape a convaincu de démissionner en raison des désordres majeurs qui se sont produit dans leur pays. Tenir à la force du poignet une apparence de vertu en évitant les fautes visibles ne favorise pas la conversion. Au contraire, une telle volonté de sauver les apparences vous expose à « l’hypocrisie des pharisiens », car le Malin met à profit nos dérobades devant la vérité. Mieux vaut cent fois reconnaître avec humilité ses erreurs et manquements que de s’acharner à les cacher. Car la dissimulation coupable empêche l’action de « l’Esprit de vérité qui procède du Père ».

Ainsi, la sanctification personnelle de chacun et le bien de l’Église pour l’accomplissement de sa tâche d’évangélisation apparaissent étroitement corrélés. Les deux thèmes sont associés dans les lectures de cette fête de la Pentecôte comme dans l’événement de l’envoi de l’Esprit sur les disciples du Christ. Là encore, le bon ordre des préoccupations est nécessaire pour progresser et éviter les chutes : nous devons toujours viser le bien du corps entier avant de nous soucier de nous-mêmes. Et gare à celui qui se persuade que masquer sa turpitude pourrait être une façon de protéger l’Église ! Nous avons plus d’un tour dans notre sac pour poursuivre des buts égoïstes inspirés par la vanité, l’orgueil et parfois les intérêts personnels les plus sordides sous couleur de servir les institutions ecclésiastiques. Prenons donc garde, frères et sœurs, méfions-nous de nous-mêmes !

Mais, surtout, laissons-nous conduire par l’Esprit : lui seul peut nous « orienter », c’est-à-dire nous faire avancer vers celui « qui se lève à l’Orient », le Christ Jésus dont nous avons à suivre les pas jusqu’au jour de sa venue dans la gloire, lorsqu’il couronnera tous ceux qui auront combattu le bon combat pour que triomphe l’amour du Dieu sauveur de tous les hommes.

Éditorial du dimanche 20 mai 2018 (Pentecôte)

LE GOÛT DE LA SAINTETÉ

« C’est une question de goût », dit-on pour relativiser un sujet de controverse comme si c’était moins important. Pourtant, le goût est un sens essentiel, celui par lequel le petit d’homme s’éveille au monde et qui fera le bonheur ordinaire de ses jours tant qu’il aura celui du pain. C’est aussi plus largement la faculté de juger avec finesse et pénétration de la valeur de bien des réalités, depuis les futiles jusqu’aux plus graves.

Comme tout fruit, celui de la sainteté se goûte avec délectation par qui en sait savourer les délices : « Amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, fidélité, douceur et maîtrise de soi » sont les arômes exquis qui en composent le bouquet sans pareil. Seuls les amateurs éclairés qui ont trouvé plaisir à les éprouver en eux-mêmes comme à les reconnaître en autrui chantent bien l’appel du Psalmiste : « Goûtez et voyez comme est bon le Seigneur ».

N’attendons pas d’être parfaits aux yeux des hommes pour accueillir l’Esprit Saint donné pour le pardon des péchés et la sanctification des fidèles. Le Christ n’a-t-il pas aimé, sauvé et envoyé en mission des pécheurs sans attendre qu’ils soient sans faute ? Peu à peu, il fera grandir en nous le goût du bien et le dégoût du mal, ainsi nous serons de plus en plus dignes de son appel, tous et chacun, dans la joie de partager avec toute l’Église la tâche exaltante de l’évangélisation.