Dimanche 17 juin 2018 - 11e dimanche de l’année B

Qui plante un chêne voit plus loin que le bout de sa vie.

Ézéchiel 17,22-24 - Psaume 91,1-2.13-16 - 2 Corinthiens 5,6-10 - Marc 4,26-34
Sunday 17 June 2018.
 

Un chêne : cent ans pour grandir, cent ans pour vivre, cent ans pour mourir, dit l’adage, une durée bien au-delà de celle d’une existence humaine. Mais l’arbre dont il s’agit dans les textes d’aujourd’hui le surpasse largement en extension temporelle. En effet, le cèdre considéré par le Seigneur dans le livre d’Ézéchiel n’est pas un végétal ordinaire mais, si nous voulons bien comprendre, le peuple de Dieu dans sa totalité historique.

Quant à l’homme qui jette la semence, il n’est autre que Jésus lui-même. En effet, « Il se couche, il se lève » et « de jour, de nuit », ainsi que le formule littéralement le texte grec, est clairement la prophétie de la mort et de la résurrection du Seigneur. C’est pourquoi, le Christ est non seulement le semeur, mais aussi la semence. L’arbre dont il est question ensuite signifie l’Église née de l’Esprit et de la prédication apostolique, cette Église qui est « le corps du Christ ». Enfin, la « moisson » est une image traditionnelle de la fin du monde, autrement dit de la venue du Seigneur dans sa gloire.

Jésus, en prononçant ces paraboles, montre bien qu’il voit plus loin que la fin de sa vie terrestre : dans sa postérité, évidemment, constituée de ceux qui écoutent et écouteront la parole de Dieu pour la mettre en pratique, mais aussi dans ses prémices qui sont le peuple de la première Alliance, porteur de ce premier Testament où s’atteste la promesse que se réalisera jusqu’au bout le dessein d’amour de Dieu pour son peuple et pour l’humanité entière.

Le mystère pascal du Christ est le germe du monde nouveau que Dieu réalise selon son projet depuis le commencement. Il en est aussi le dynamisme résurrectionnel qui l’accompagne du début à la fin : ainsi le Fils venu dans notre chair est-il l’Alpha et l’Oméga de tout. Comment, dès lors, pourrions-nous rester attachés à notre propre gloire, à nos rêves de réussite aux yeux des hommes, au désir d’accomplir notre œuvre personnelle et d’en tirer la jouissance d’une reconnaissance flatteuse ?

Allons-nous pour autant adopter la posture du spectateur désintéressé, portant sur le monde comme il va un regard distancié, nous contentant de saluer les événements en y reconnaissant la puissance du Père et ses actions de salut en faveur des hommes qu’il aime ? Bien sûr que non ! Nous devons au contraire rester constamment veilleurs, attentifs à discerner les appels de Dieu dans le monde et à y répondre joyeusement et promptement, heureux de servir le Seigneur et nos frères sans attendre, comme dit le chant scout de la Promesse, d’autre récompense que celle de savoir que nous faisons ainsi sa sainte volonté.

Voyons donc, à la suite de Jésus, plus loin que le bout de notre vie et de nos désirs terrestres. Laissant à ceux qui n’ont pas d’espérance l’intention commune de « se réaliser », aspirons ardemment à contribuer au mouvement qui nous emporte, celui de l’Esprit Saint dont nul ne sait d’où il vient ni où il va, mais qui poursuit son œuvre en ce monde jusqu’au Jour du Seigneur Jésus Christ. Voilà l’attitude à la fois libératrice et enthousiasmante qui convient à ceux qui constituent le corps du Christ en croissance jusqu’à sa pleine stature. Tel est le grand chêne à l’abri duquel tous les hommes sont appelés à faire leur demeure, l’arbre de vie dont le fruit nous est offert dans l’Eucharistie que nous célébrons à nouveau avec joie en ce jour du Seigneur comme chaque dimanche que le Bon Dieu fait pour nous.