Dimanche 24 juin 2018 - Nativité de saint Jean-Baptiste - Messe d’au-revoir

Que peut-il arriver ?

Isaïe 49,1-6 - Psaume 138,1-3.13-15 - Actes 13,22-26 - Luc 1,57-66.80
dimanche 24 juin 2018.
 

Le changement ouvre la porte à l’inconnu, toujours aussi inquiétant qu’attirant.

Dans l’évangile de ce jour, le changement dans la tradition provoque la stupéfaction. Mais ensuite la crainte s’empare des gens : pourquoi ? Un signe les a saisis, celui de la bouche du muet qui s’ouvre pour parler et bénir Dieu. En effet, en bons fils d’Israël, ils ont toutes les clefs dans l’Écriture pour en saisir le sens.

Le dernier prophète, Malachie, dont le nom signifie « Mon messager », annonçait la venue finale d’un « messager » de Dieu, voire de Dieu lui-même. Ensuite, plus de prophète, c’est pourquoi la tradition juive au temps de Jésus disait que « le ciel s’était fermé » depuis cette époque que l’on datait d’environ cinq siècles en arrière. Lorsque Zacharie retrouve la parole, les auditeurs comprennent que la rupture du silence est arrivée, et donc que le Jour du Seigneur, « grand et redoutable » selon Malachie, est tout proche. Ils ont quelque raison d’avoir peur, comme tout pécheur à l’approche de Celui qui est juste et saint et à qui rien n’échappe !

Pourtant, le nom même de Jean, « Yo-hanan » en hébreu, devrait les rassurer puisqu’il signifie « Le Seigneur a fait grâce ». Au demeurant, le nom de Zacharie, « Zekar-Ya » en hébreu, veut dire : « Le Seigneur s’est souvenu ». Il s’agit d’un thème essentiel de l’Écriture que le Psaume 113B (115), verset 12, formule ainsi : « Le Seigneur se souvient de nous, il bénira ». Or, l’avant-dernier prophète, celui qui précède Malachie, se nomme précisément Zacharie. Donc tout est clair : la promesse de grâce se réalise avec Jean, le « Messager », fils de Zacharie, qui va témoigner de son accomplissement en Jésus le Christ.

En fait, ce ne fut pas si clair que cela puisque beaucoup des contemporains de Jésus ne surent pas le reconnaître. Comprenons donc bien que la prophétie n’est pas une prédiction littérale de ce qui aurait été écrit d’avance, comme un mystérieux journal qui publierait la veille l’article que ses concurrents pourraient écrire le lendemain au vu de l’événement. Il en est ainsi justement parce que l’histoire n’est pas écrite d’avance : elle dépend de la liberté des hommes dans l’accueil fait à la parole de Dieu. La prophétie est une promesse dont l’accomplissement est certain, mais par des voies à déterminer en fonction de la docilité des uns et de la résistance des autres au dessein divin.

En réalité, frères et sœurs, vous le savez, docilité et résistance se partagent le cœur de chacun : le nôtre aussi. C’est pourquoi il dépend de vous que ce qui va arriver soit plus ou moins bénéfique à cette belle paroisse que nous allons quitter, le Père Bruno Laurent et moi-même. Nous aurons des successeurs, forcément différents de nous, et d’abord plus jeunes ; et même nettement plus jeune en ce qui concerne le Père Bruno. Spontanément nous attendons en général un peu tout de celui qui assume la responsabilité première. C’est vrai que son importance est essentielle, mais elle n’est pas la seule, loin de là ; surtout dans une paroisse comme Saint-Pierre !

Beaucoup dépendra de la façon dont vous saurez recevoir les nouveaux comme des dons que Dieu vous fait, quels que soient leurs défauts et leurs limites. D’ailleurs, il ne vous est pas demandé de les encenser a priori - bien que leurs qualités soient sûrement très grandes ! - mais plutôt de les aider à donner le meilleur d’eux-mêmes dans la charge qui leur incombera. Si chacun agit en disciple du Seigneur Jésus sans se laisser aller aux mauvais penchants dont personne n’est indemne, il n’y a pas de raison de redouter qu’arrive du mauvais plutôt que du bon.

Le changement est une épreuve pour ceux qui perdent des biens auxquels ils étaient attachés, mais il est une chance pour tout le monde s’il est accepté aussi comme une grâce. Car Dieu qui a promis l’Esprit Saint à son Église tient toujours sa parole : il ne cesse de la combler de façon chaque fois nouvelle, et nous avons bien lieu d’en rendre grâce dans l’Eucharistie de Jésus Christ, le même hier, aujourd’hui et pour les siècles des siècles.