Dimanche 8 juillet 2018 - 14e dimanche de l’année B - À Val des Prés (Hautes-Alpes)

Quand je suis dégoûté et que plus rien ne m’étonne, que faire ?

Ézéchiel 2,2-5 - Psaume 122,1-4 - 2 Corinthiens 12,7-10 - Marc 6,1-6
Sunday 8 July 2018.
 

Il y a des jours, comme cela, où je n’ai pas envie d’y aller. Au moment de randonner en montagne, par exemple, je pense à mes pieds, à la météo, au monde sur les sentiers et à beaucoup d’autres choses. Alors j’accomplis quand même méthodiquement tous les préparatifs et je poursuis dans ma décision de partir, sans écouter mes sentiments maussades. Ne sais-je pas que j’y aspire au fond et que je vais sûrement retrouver toutes les joies de la marche sur ces chemins âpres ou fleuris qui m’en tant de fois enchanté ? En somme, l’homme avisé ne se laisse pas arrêter par le dégoût d’un moment. Il s’appuie sur la mémoire du bonheur pour dépasser l’abattement d’une mauvaise heure.

Devant l’incrédulité des gens de son « lieu d’origine », Jésus s’étonne : elle dépasse visiblement ce qu’il pouvait redouter, averti qu’il était par le précédent des prophètes, en particulier Ézéchiel que l’Esprit avait mis en garde en l’envoyant vers les fils d’Israël. Nous l’avons entendu dans la première lecture : « Qu’ils écoutent ou qu’ils n’écoutent pas - c’est une engeance de rebelles ! - ils sauront qu’il y a un prophète au milieu d’eux. » Mais les gens de Nazareth ne semble pas même disposés à reconnaître en Jésus un prophète, eux qui s’étonnent d’abord de sa sagesse et de ses hauts faits, puis sont choqués de la prétention de ce gars du pays.

Le risque pour nous serait de ne plus nous étonner de cette incrédulité des familiers de Jésus. L’habitude d’entendre l’évangile nous laisse peut-être blasés puisque nous connaissons l’histoire. Le confort de la pratique régulière nous inspire la conviction ordinaire d’être des fidèles du Christ et nous ne sommes plus émus de savoir que tant d’autres restent installés dans le refus de la foi : c’est leur choix, pensons-nous non sans cynisme ! Bref, la routine du croyant l’égare loin de l’émerveillement qui devrait demeurer le sien devant l’œuvre de Dieu. Voilà justement le péché des familiers de Jésus qui nous donné à méditer aujourd’hui pour nous mettre en garde.

Examinons, frères et sœurs, si le piège classique de la routine dans notre existence supposée croyante ne nous expose pas à « mépriser » le prophète Jésus, au sens où nous n’entendons plus la parole de Dieu qui devrait nous éveiller aujourd’hui à sa volonté. Le pape François ne ménage pas sa peine pour avertir les fidèles du haut en bas de la hiérarchie qu’un tel risque existe toujours et que souvent nous ne le parons pas. Rappelez-vous son exhortation apostolique récente sur la sainteté dans laquelle il dénonce certaines manières de se murer dans un système idéologique satisfaisant plutôt que de répondre à notre vocation baptismale.

Rappelons-nous surtout les remèdes qu’il nous indiquait déjà dans un texte plus ancien, « La joie de l’Évangile ». Il y traitait d’un certain attiédissement qui nous menace en permanence et nous démobilise par rapport à la mission confiée à toute l’église et donc à chacun de ses membres. Comment le combattre, comment ranimer l’ardeur de notre foi et de notre zèle ? Trois chemins sont à notre portée : la Parole, la prière et le service. Le service, c’est-à-dire l’attention portée à toutes les personnes en difficulté et la générosité dans l’effort pour leur venir en aide. Si nous sommes blasés, regardons mieux nos semblables en souffrance et sachons reconnaître en eux le visage du Seigneur. La prière : si nous n’y avons plus goût, si elle s’exténue dans la répétition de formules et de célébrations mornes, prenons un temps de retraite et de ressourcement, dans l’adoration, la louange ou la contemplation. Quant à la Parole, laissons-nous déconcerter par ce qui nous y semble obscur et prenons les moyens de la scruter pour y découvrir du nouveau : un sens que nous n’avions pas vu, une portée qui nous avait échappé.

Si nous avons perdu le goût des œuvres de Dieu, ne nous laissons pas arrêter par la tiédeur d’une mauvaise heure. Au souvenir des bonheurs passés, sachons nous mettre en route méthodiquement sur les chemins que la Seigneur nous a tracés, sûrs d’y retrouver la joie des trouveurs de perles. En effet, comme un homme gratte sans se lasser la terre pour atteindre l’eau qu’il sait couler en profondeur, ainsi le fidèle garde la certitude que ses efforts ne seront pas vains pour rouvrir la source des eaux vives en son cœur. L’espérance, en effet, ne trompe pas, et l’Esprit Saint n’est pas refusé à celui qui le demande avec ardeur.

Laissons-nous donc étonner à nouveau par le don de Dieu afin de ne pas étonner Dieu par notre manque de foi. Et déjà, offrons-nous généreusement à l’Esprit Saint pour vivre cette Eucharistie d’un cœur brûlant en celui qui sauve le monde par son amour jusqu’au don de sa vie sur la croix.