Dimanche 15 juillet 2018 - 15e dimanche de l’année B - À La Grave (Les Hyères)

Qui seront les rois du sport-roi ?

Amos 7,12-15 - Psaume 84 - Éphésiens 1,3-14 - Marc 6,7-13
dimanche 15 juillet 2018.
 

Vous pensez à la finale de ce soir, peut-être ? Le football, en effet, est de loin le sport le plus universellement pratiqué au monde, si l’on excepte la marche à pied ! Quant à l’immense engouement qu’il suscite bien au-delà du cercle des pratiquants, force nous est de le constater aujourd’hui. Parmi les excès d’enthousiasme, le moins étonnant n’est pas l’adulation de beaucoup pour les vedettes et leur encensement à l’occasion des grandes victoires. Qui seront les rois sacrés ce soir, nous le verrons bien. En tout cas la fête sera grandiose pour les gagnants mais les perdants seront bien tristes...

Pourtant, vous vous en doutez bien, c’est d’une autre discipline que je voudrais vous parler maintenant. Elle compte un bien plus grand nombre de licenciés et occupe les esprits de beaucoup plus puissamment encore que le « foot ». De surcroît, la joie du vainqueur ne se paie d’aucune tristesse chez le vaincu. Vous ne devinez pas laquelle ? Je veux parler de la conversion. Elle est bien à l’ordre du jour puisque, vous venez de l’entendre dans l’évangile, tout ce qu’on sait de la première prédication des Apôtres, c’est qu’ils « proclamèrent qu’il fallait se convertir ».

Nous avons pu penser jadis que cet appel visait à « convertir les juifs à la religion chrétienne ». Du coup, pour nous qui sommes baptisés et pratiquants, l’affaire serait faite une fois pour toutes. Mais une telle conception ignore complètement la portée de notre passage évangélique. Comme l’indique le sens littéral du mot grec « métanoia », la conversion en question est un retournement de l’esprit et de la vie qui nous arrache à la fascination du mal en nous orientant vers Dieu. Dans ces conditions, chacun conviendra aisément de la nécessité pour lui de continuer à se convertir !

Les licenciés de ce sport roi qu’est la conversion sont tous les baptisés, car leur vocation baptismale est la sainteté. Et, bien sûr, les rois de sport-là sont les saints, eux qui se sont laissé transformer par l’Esprit au point de s’écarter habituellement du mal et de se consacrer de tout leur cœur à la mise en oeuvre du grand commandement de l’amour de Dieu et du prochain. Mais les pratiquants ordinaires sont une multitude, et je dirai même que tout être humain s’adonne, consciemment ou non, à cette activité. En effet, il n’est pas d’homme sans conscience et, quelles que soient les ignorances, les tromperies et les violences qui s’emploient à la faire taire, elle ne cesse de le rappeler à l’impératif de faire le bien et d’éviter le mal.

En somme, les païens sont comme ceux qui tapent dans un ballon de temps en temps et restent le plus souvent dans leur canapé devant la télévision ; les chrétiens, nous l’avons dit, sont les licenciés qui pratiquent dans un club le dimanche ; et les saints sont les champions professionnels que nous admirons tous et que les enfants rêvent d’imiter. Seulement, la grande différence c’est que pour devenir un grand footballeur il faut des dons exceptionnels en plus d’une discipline de fer et d’une formation d’excellence. Tandis que quiconque veut vraiment atteindre le stade du champion en sainteté peut le faire : il suffit de le demander de tout son cœur, d’en prendre les moyens et de consentir les efforts nécessaires.

Le désir, frères et sœurs, ne l’avons-nous pas ? Les efforts, ne sommes-nous par prêts à les consentir ? Alors, que nous manque-t-il le plus en général ? Peut-être simplement de croire que nous avons toujours à approfondir les progrès déjà réalisés, et que c’est possible. Tant que nous ne sommes pas identifiés profondément au Christ, le chemin n’est pas terminé. Par exemple, nous pouvons être convaincus de devoir guérir de notre orgueil et désirer l’humilité du Christ. Mais si nous ne voyons pas que nous sommes encore loin de la « pauvreté de cœur » du Seigneur, nous nous arrêtons prématurément. Et si nous ne relançons pas vers elle, menant courageusement l’inévitable combat spirituel, nous n’avancerons pas vers la sainteté de Dieu.

La sainteté de Dieu, les Apôtres y ont sûrement goûté grâce à la présence de Jésus. Ils l’ont accueillie en eux-mêmes, c’est pourquoi ils pouvaient en donner l’exemple aux hommes à qui ils étaient envoyés : ils l’étaient deux par deux pour manifester aux autres leur charité fraternelle. Pour nous, recherchons la fréquentation des saints afin de les imiter. Et ne perdons jamais le goût et la recherche du seul Saint, le Seigneur lui-même. Ainsi nous deviendrons rois avec lui dans l’ordre divin de l’Amour vainqueur de tout mal.