Dimanche 22 juillet 2018 - 16e dimanche de l’année B

Avez-vous un meilleur ami ?

Jérémie 23,1-6 - Psaume 22,1-6 - Éphésiens 2,13-18 - Marc 6,30-34
Sonntag 22. Juli 2018.
 

Il y a ceux qu’on a vu trois fois : on s’est emballé mais les années ont passé et le souvenir s’est estompé. Il y a l’ami d’enfance fiché au coin du cœur pour toujours, mais on ne le reconnaîtrait plus aujourd’hui. Il y a les amis de pacotille, ceux à un clic qu’on devrait avoir honte de nommer ainsi. Des amis plus ou moins, il s’en trouve, mais un vrai pour la vie, qu’en est-il ?

Jésus a-t-il eu un meilleur ami ? L’idée est gênante : comment le Seigneur aurait-il des préférences, lui qui aime tout le monde ? Pourtant, il a choisi Pierre entre les Douze. Mais, parmi eux, Thomas était dit « Jumeau », peut-être justement pour sa proximité avec le Maître qu’il ne voulait pas quitter, quitte à mourir avec lui. Sans oublier « le disciple bien-aimé » qu’on assimile d’habitude à Jean mais dont l’identité reste énigmatique : ce fils de famille sacerdotale pouvait-il être aussi celui de Zébédée, pêcheur de Galilée ? Peut-être ; mais peut-être aussi était-ce lui le compagnon anonyme de Cléophas dont le cœur se fit non moins brûlant sur la route d’Emmaüs... Ou peut-être est-ce vous ?

Jésus a réellement existé, il a partagé des repas et des aventures avec ses amis. Ses relations étaient différentes avec les uns ou les autres selon le tempérament, le caractère et les affinités. Il s’est lié plus particulièrement avec les Douze qu’il avait choisis pour « être avec lui ». À la veille de sa Passion, il leur dira : « Je ne vous appelle plus serviteurs, car le serviteur ne sait pas ce que fait son maître ; je vous appelle mes amis, car tout ce que j’ai entendu de mon Père, je vous l’ai fait connaître ».

Dans l’évangile d’aujourd’hui, nous les voyons chercher un peu de repos ensemble, mais la tâche pastorale les rattrape. Par-delà l’anecdote, nous pouvons lire dans ce récit la prophétie de la succession apostolique : quand ces premiers pasteurs de la Nouvelle Alliance sont entrés « dans le repos » à la fin de leur vie, le Seigneur leur a donné des successeurs afin de ne pas laisser les brebis sans bergers. Si les Apôtres furent en un sens les « meilleurs amis » de Jésus « quand il était avec eux », soyons bien sûrs que leurs successeurs, de génération en génération, ne le sont pas moins du Ressuscité qui demeure « parmi eux » jusqu’à la fin du monde.

Si pour beaucoup d’entre nous nommer un meilleur ami est difficile, Jésus en revanche pourrait bien en avoir une multitude sans que cela soit moins vrai pour chacun. Pensez à l’amour des parents de nombreux enfants pour chacun d’eux comme s’il était le seul. Mais, dira quelqu’un, Jésus n’est pas mon père et encore moins mon ami, je n’ai rien à faire de lui, je m’en moque... Précisément, il a donné sa vie sur la croix pour chacun de ceux qui se moquaient de lui, personnellement, comme pour son meilleur ami. C’est ainsi qu’il a aimé ses ennemis et qu’il les aime encore. C’est pourquoi il appelle aussi Judas « mon ami » au moment même où celui-ci le trahit.

Heureux le pécheur ainsi sauvé même s’il ne le sait pas encore, mais plus heureux qui le reconnaît et se laisse vaincre par un tel amour. Non seulement Jésus devient son meilleur ami au long des jours et des années pour partager la peine ou la joie, mais encore il change l’aspect pour lui de tout autre être humain en qui il voit désormais le nimbe de l’amour que lui porte Jésus. Aimer l’autre en Dieu n’est pas moins l’aimer pour lui-même, au contraire, car chacun n’est jamais si bien lui-même en vérité que dans la lumière de l’Amour qui l’a créé.

Loin de se faire concurrent de quiconque, le Seigneur magnifie et purifie toute affection humaine : on ne peut mieux aimer parents ou amis qu’à la faveur de l’amour de Jésus Christ. Heureux en particulier les conjoints qui partagent tout, et surtout l’amour de Dieu manifesté en son Fils en lequel ils s’aiment mieux que jamais : qu’ils en rendent grâce pour eux-mêmes et pour leurs enfants jusqu’au dernier jour de leur vie dans l’Assemblée de l’Église, la saint épouse de l’Agneau pour les siècles des siècles.