Dimanche 24 août 2003 - Vingt et unième dimanche

On ne s’amarre pas à une bouée, c’est un principe.

Josué 24,1-2.15-17.18 - Éphésiens 5,21-322- Jean 6,60-69
dimanche 24 août 2003.
 

On ne s’amarre pas à une bouée, c’est un principe.

Pourquoi ? Parce que ce n’est pas fait pour ça.

Je ne parle évidemment pas des baudruches pour le bain des enfants, mais de ces marques qui signalent aux navigateurs un danger, un passage ou une limite. Chacune est frappée sur un corps-mort dimensionné pour elle. Si vous tirez dessus avec votre embarcation, vous risquez de la déplacer, de l’arracher, et de vous mettre au sec.

La navigation est un art délicat et compliqué, plein de principes, de règles et de coutumes, de mots et de choses, de pièces et de morceaux, d’espars, d’apparaux, de manœuvres, d’instruments et d’équipements spécifiques. Tant et tant qu’on peut s’y noyer, ou bien au contraire s’en gargariser.

Or, tout ce dispositif et cet attirail n’ont aucun sens si ce n’est de servir à la navigation et à ses fins, qui sont de passer d’un endroit à un autre dans les meilleures conditions de sécurité, de confort et de rapidité.

La technique n’est rien en soi, elle ne vaut que par son usage juste et efficace.

Pour la religion, c’est pareil. Pratiques, formules et habitudes, préceptes, commandements et lois, objets et langages étranges ou mystérieux, tout cela n’a de sens que de servir à la vie.

Les parents de Jésus étaient gens fort religieux, qui scrutaient l’Écriture, observaient des centaines de préceptes et montaient à Jérusalem au temps fixé, et Jésus avec eux. Tout cela, ils le faisaient en esprit et vérité, c’est pourquoi ils en étaient vivifiés.

Beaucoup pourtant, vous le savez, accrochés à la lettre, s’étaient laissé dériver loin de l’esprit.

Aujourd’hui encore nous sommes avertis gravement. Voyez, dans l’évangile que nous avons entendu, nombreux sont les disciples qui s’éloignent de Jésus en disant : on ne peut pas continuer à l’écouter.

Faites bien attention : on peut pratiquer de façon impeccable, s’approcher de cette table pour y communier, et que cela ne serve à rien ! Vous avez entendu Jésus lui-même nous le dire : c’est l’esprit qui fait vivre, la chair n’est capable de rien. Même sa propre chair, qu’il nous faut manger pour avoir la vie éternelle parce que la plénitude de la divinité habite en son corps, ne nous donne cette vie que si nous la recevons dans la foi en ses paroles qui sont esprit et vie.

Se nourrir de Jésus qui est vraiment notre nourriture, c’est aussi accueillir et retenir ses paroles que nous entendons à la messe et dans les autres prières de l’Église, les garder, les mâcher et les remâcher, et les assimiler, et les réaliser dans son existence. En tout ce que nous offre la religion catholique, il nous faut chercher et trouver Jésus Christ lui-même, car lui seul est la nourriture de vie éternelle.

Voilà la parole que nous sommes tentés de trouver trop forte, trop dure, trop énorme. Nous préférons nous intéresser aux réalités religieuses pour elles-mêmes. Pourtant, tout ce qui porte et indique Jésus, lieux, textes, pratiques, coutumes et personnes, même les pasteurs donnés par Dieu et les saints sanctifiés par lui, ne sont pas lui. Lui seul est descendu du ciel, lui seul est Dieu né de Dieu.

Donc, laissez-moi vous le redire, en tout cela ne vous attachez qu’au Christ lui-même. Si vous mettez votre confiance en quoi que ce soit d’autre, vous être comme un navigateur amarré à quelque bouée de rencontre : quand viendront les vents violents de l’épreuve ou les courants perfides de l’esprit du monde, vous serez emportés et vous direz que vous ne pouvez plus continuer à le suivre !

Seul le corps de Jésus fixé à la croix est la barque de votre salut. C’est en lui que vous devez passer de cette vie à la vie qui vient. À lui seul vous devez vous attacher, fût-ce au prix du détachement de tout.

De même, le peuple conduit par Josué entendit la parole qui l’exhortait à ne pas servir les dieux du pays d’où ils venaient, ni de celui où ils entraient, mais de s’attacher au seul Dieu vivant et vrai, celui qui les faisait passer de l’esclavage à la liberté.

Ce même Dieu nous a donné Jésus, lui qui s’est offert pour rendre sainte l’Église en la purifiant par le bain du baptême et la Parole de vie. Soyez donc des fils obéissants de l’Église tout entiers portés en elle à vous unir au Christ, Sauveur de son corps.

Arrimez-vous donc au Christ de tout votre être comme à l’unique principe de votre vie.