Dimanche 12 août 2018 - 19e dimanche de l’année B

L’homme n’est pas un boa ou "Donne-nous notre foi quotidienne"

1 Rois 19,4-8 - Psaume 33,2-9 - Éphésiens 4,30 à 5,2 - Jean 6,41-51
dimanche 12 août 2018.
 

L’homme n’est pas un boa : contrairement au célèbre serpent géant qui peut absorber en un repas sa nourriture pour plusieurs mois, l’être humain doit s’alimenter régulièrement chaque jour. En se désignant lui-même comme notre « pain de vie », Jésus nous signifie la nécessité de le recevoir aussi fréquemment que les moyens de notre subsistance terrestre afin de pouvoir en vivre vraiment.

La première difficulté des auditeurs du « discours sur le pain de vie » vient de ce qu’ils restent au niveau de la matière quand ils devraient s’élever à celui de l’esprit : comme souvent dans l’Écriture, le pain est la métaphore de la Parole. Le propos du Seigneur devient beaucoup plus clair si l’on voit qu’il s’agit du thème classique illustré en particulier par ce passage du livre d’Isaïe : « La parole me réveille chaque matin, chaque matin elle me réveille pour que j’écoute comme celui qui se laisse instruire » (Is 50,4). Mais on resterait en chemin si cette interprétation ne se complétait pas par un retour au plan matériel, si l’on peut dire, en se rappelant que la personne même de Jésus est corporellement la Parole en question : il est le Verbe fait chair.

Là se trouve, par-delà la première difficulté, celle devant laquelle nous butons toujours à nouveau : la foi en Jésus comme « celui que le Père a envoyé », selon la formulation johannique. Rappelez-vous, dimanche dernier nous entendions le Christ affirmer : « L’œuvre de Dieu, c’est que vous croyez en celui qu’il a envoyé ». Aujourd’hui, il nous déclare : « il a la vie éternelle, celui qui croit. » Or, cette remarque semble curieusement déplacée par rapport au contexte sans le rapprochement que nous venons de faire. Tandis qu’ainsi comprise, elle apparaît tout à fait logique : le pain eucharistique de la Parole et de la communion se fait nourriture de la vie éternelle pour ceux qui croient au Fils de Dieu venu dans notre chair pour nous sauver.

Mais alors la réflexion rebondit de façon inattendue : si la foi est nécessaire pour que le pain de vie soit efficace, ce pain lui-même reste-t-il encore nécessaire ? Tout le discours n’est-il pas simplement métaphorique de la suffisance de croire pour être sauvé et avoir part à la résurrection ? Dans ce cas, l’appel à écouter l’enseignement et à communier au pain eucharistique perd son urgence : du moment que je crois fermement, je possède la vie et rien ne peut me l’enlever. C’est bien ce qu’on pensé certains, et certains le pensent encore, mais justement ils se trompent parce qu’ils ne prennent pas assez au sérieux l’exhortation fondée sur la métaphore du pain. Ils se prennent pour des boas spirituels en s’imaginant tenir leur foi pour longtemps, pour l’avoir reçue une fois. Alors qu’il nous faut, en somme, demander et recevoir chaque jour non seulement le pain de la Parole qui est le Christ, mais aussi la foi qui sauve.

La foi est elle-même notre vie éternelle, une vie qui doit s’entretenir et se renouveler chaque jour par l’écoute de la Parole accueillie comme présence réelle du Verbe fait chair, le Christ crucifié et ressuscité, de même que la vie du corps s’entretient et se renouvelle grâce aux aliments que chaque jour nous devons assimiler. Renonçons donc à tout « orgueil de la foi », frères et sœurs, sachons reconnaître humblement notre faiblesse et notre fragilité dans l’acte de croire, et demandons avec confiance à être fortifiés et renouvelés quotidiennement dans cet acte. Demandons-le ensemble avec confiance au Père qui nous aime en reprenant sans nous lasser la prière reçue du Sauveur.