Dimanche 19 août 2018 - 20e dimanche de l’année B

Réalité virtuelle, l’Eucharistie ?

Proverbes 9,1-6 - Psaume 33 - Éphésiens 5,15-20 - Jean 6,51-58
dimanche 19 août 2018.
 

Vous le voyez, vous l’entendez, vous lui parlez et il vous répond, mais il n’est pas là : voilà la réalité virtuelle. Autrement dit, un dispositif artificiel procure tous les effets sensibles d’un être en son absence. C’est tout le contraire dans l’Eucharistie : la présence du Christ est réelle, mais elle ne produit aucun effet sur les sens puisque vous ne le voyez ni n’entendez sa voix. Tout ce que vous éprouvez, ce sont l’apparence, le poids, la consistance et le goût du pain et du vin qui, au demeurant, ne sont plus là.

Si bien que l’on peut dire néanmoins de l’Eucharistie qu’elle est une réalité virtuelle : celle du pain et du vin ! Or, la technique peine à satisfaire, au-delà la vision et de l’ouïe, l’odorat et le toucher ; quant au goût, elle est loin de l’atteindre. Tandis que celui qui reçoit le corps et le sang du Christ à la messe éprouve non seulement le goût du pain et du vin, mais encore les effets nutritifs de ces aliments qui pourtant ne sont pas là. C’est pourquoi je doute que l’homme puisse jamais faire aussi bien que l’Esprit Saint en matière de réalité virtuelle !

Mais si la communion n’avait d’autres effets pratiques que ceux du pain et du vin en leur absence, elle ne vaudrait pas la peine. Or, pour celui qui ne croit pas, elle n’a réellement aucun autre effet. Seul le fidèle résolu à mettre sa vie en accord avec l’Évangile profite de la rencontre eucharistique avec son Seigneur. Pour lui, le pain de la vie et le vin consacré sont l’aliment de l’âme et la coupe du salut de l’être tout entier. Tel est le sens de la formule du missel qui nous fait demander, dans la première prière eucharistique ainsi que dans la deuxième, que les offrandes deviennent « pour nous » le corps et le sang de Jésus Christ. Cette formule inquiète certains qui y voient une limitation dangereuse : « pour nous » pourrait être interprété restrictivement comme renvoyant à la subjectivité croyante pour éviter l’affirmation plus forte du « en soi » objectif. Mais, bien au contraire, « pour nous » signifie ici que le « en soi » n’est pas suffisant !

Il n’est pas utile de se pencher beaucoup sur le mystère de la « transsubstantiation », c’est-à-dire sur le fait que le pain et le vin puissent devenir réalités virtuelles pour laisser place à la présence réelle du Christ en son corps et son sang. Un peu suffit de temps en temps, comme aujourd’hui en écoutant cet évangile si « réaliste », où le Seigneur nous parle de « mâcher sa chair », littéralement, et de boire son sang. En revanche, il est très nécessaire de nous interroger fréquemment sur la réalité de notre conformation au Christ par la sainteté de notre vie.

C’est pourquoi la liturgie nous donne à entendre l’exhortation de saint Paul : « Frères, prenez bien garde à votre conduite, ne vivez pas comme des fous, mais comme des sages » ; et aussi, dans le livre des Proverbes, l’invitation de la Sagesse : « Venez, mangez de mon pain, buvez le vin que j’ai préparé ». Car le corps du Christ est le vrai pain qui nous donne la force d’une vie raisonnable et religieuse, et son sang nous fait vraiment communier aux souffrances et à la mort de sa Passion pour que rien ne nous arrête dans notre existence de ressuscité, ni menace ni tentation d’aucune sorte.

Frères, nous ne savons pas ce qu’est au fond la réalité : plus les scientifiques se penchent sur les mystères de la matière et du cosmos, plus ils découvrent leur ignorance de la nature profonde du monde qu’il nous est donné d’habiter. À nous il est offert de connaître celui qui a tout créé en son Fils et de croire qu’à la fin il sera tout en tous. Rendons-lui grâce dans cette Eucharistie en la présence réelle de celui qui a été conçu de l’Esprit Saint afin de devenir notre chemin vers le Père et, par la puissance de sa résurrection déployée en nous, témoignons avec courage de notre vivante espérance aux yeux des hommes qui cherchent la vie et la vérité.