Dimanche 16 septembre 2018 - 24e dimanche de l’année B

À quoi se reconnaît une famille heureuse ?

Isaïe 50,5-9a - Psaume 114,1-6.8-9 - Jacques 2,14-18 - Marc 8,27-35
Sunday 16 September 2018.
 

Aux sourires, sans doute, qui s’affichent sur les visages des petits et des grands. Mais le temps n’est pas toujours au beau fixe. C’est pourquoi un autre critère est plus sûr et plus constant : que chacun s’occupe des autres, de son bien-être et de sa joie. Et, forcément, si tous s’occupent de chacun, c’est beaucoup plus efficace que si chacun ne s’occupe que de soi. D’ailleurs, comme il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir, il est très avantageux d’avoir beaucoup d’autres à qui se donner.

C’est une telle évidence que tous les hommes le savent bien, au fond, et que, du coup, l’étonnant est que cela ne marche pas mieux en général. Pourquoi la recherche du bonheur est-elle personnifiée dans la mythologie grecque par le dieu Pan qui ne cesse de rencontrer la frustration ? Le lieu où Jésus emmène ses disciples aujourd’hui, aux sources du Jourdain, était justement un sanctuaire panique. Or, il vient ici leur annoncer sa passion. Quelle manière fulgurante de nous donner à comprendre que si son chemin de Messie doit passer par la croix pour notre salut, c’est à cause du mal et du malheur entrés dans le monde avec le premier péché, et qu’il faut déraciner de nos cœurs mêmes !

Voilà ce qui complique la vie que nous voudrions tous heureuse : que nous soyons pécheurs, et donc encore constamment tentés par l’égoïsme et l’orgueil qui nous séparent des autres et donc nous rendent malheureux. C’est pour cela qu’il s’appelle diable, « diabolos », celui qui divise. Il est malin : il nous séduit en nous donnant l’impression que nous serons heureux si nous avons tout et commandons à tous. Les enfants sont tentés de désobéir à leurs parents à cause de leurs mauvaises tendances, et les parents sont tentés de mal conduire leurs enfants. Celui qui commande doit toujours se rappeler qu’il le fait au service de ceux qui lui sont confiés, non pour sa satisfaction propre, mais pour leur bien. Renoncer à soi-même est très nécessaire pour le chef ou le parent. Autrement dit, il doit passer derrière le Christ, sinon il se comporte en Satan.

Voyez Pierre : son intervention semble partir d’un bon sentiment puisqu’il veut empêcher Jésus de connaître les souffrances et la mort horrible de la croix. Mais ainsi il ne se montre pas obéissant : il n’écoute pas ce que dit le Maître, et en plus c’est aussi lui-même qu’il voudrait protéger en protégeant Jésus. Pensez-y, vous les parents et les chefs, quand vous imposez ou refusez certains chemins à ceux qui vous sont confiés, demandez-vous si c’est vraiment afin de servir l’appel de Dieu pour eux, ou bien pour satisfaire vos propres désirs et projeter sur eux vos propres refus.

En fait, la vie heureuse est toujours une coopération de tous, en particulier de ceux qui commandent et de ceux qui sont commandés, pour que le bien commun et le bien de chacun soient vraiment recherchés par tous ensemble. Or, comme nous sommes tous pécheurs, la réussite de ce projet de bonheur dépend directement de notre ardeur à nous convertir, ce qui est aussi une œuvre de coopération de tous au service de chacun. Vous savez comme le pape François y insiste en cette période de révélations terribles sur la façon dont des hommes d’Église on pu, ou peuvent encore, se comporter en Satan et en obstacles sur le chemin de ceux qui leur sont confiés : c’est l’affaire de tous que ces horreurs soient soignées autant qu’il est possible, et qu’elles ne se reproduisent plus. En particulier, évitons le cléricalisme qui divise la famille chrétienne en deux classes, ce qui est contraire à l’unité dans l’amour et implique beaucoup de tentations pour les clercs portés à se croire au-dessus de tout.

Notre Église est une famille, la famille de Dieu. Le Christ a donné sa vie pour qu’elle soit heureuse : passons derrière lui et suivons son exemple en renonçant à nous-mêmes afin de faire réussir son œuvre d’amour pour nous et pour le bonheur éternel de tous les hommes.