Dimanche 23 septembre 2018 - 25e dimanche de l’année B

Les enfants sont de plus en plus grands

Sagesse 2,12.17-20 - Psaume 53,3-5.7b.6.8 - Jacques 3,16 - 4,3 - Marc 9,30-37
dimanche 23 septembre 2018.
 

Il ne s’agit pas du simple fait que, par définition, les petits sont en croissance, mais surtout de la constatation qu’ils atteignent une taille plus élevée que leurs parents. Il paraît que l’évolution de l’alimentation en particulier est en cause : soit. Mais, de surcroît, leurs pieds s’allongent encore plus en proportion. Et là, certains expliquent que les petons de la génération canapé n’étant plus occupés à marcher, ils en profitent pour pousser.

En revanche, pour ce qui est de l’âge mental, il ne semble pas que l’on enregistre tellement de progrès, ni en précocité ni en performances. Les enfants, aujourd’hui comme hier, ont besoin de beaucoup de temps et de soins pour acquérir la sagesse et la pondération nécessaires à la conduite de leur propre vie et de celle des autres. Le geste de Jésus n’en est que plus spectaculaire et énigmatique.

En effet, douze hommes triés sur le volet et constitués lieutenants du Maître l’entendent annoncer pour la deuxième fois sa disparition prochaine. Les Apôtres, perplexes, se demandent comment dissuader Jésus de nourrir de telles idées noires. Après la première annonce de la Passion, Pierre s’y était employé à sa manière, avec énergie et conviction. Mais il en fut réprimandé sévèrement, au point de se faire traiter de Satan ! Il faudrait sans doute s’y prendre autrement et désigner quelqu’un de plus subtil parmi eux pour prendre la parole au nom de tous. D’ailleurs, après la troisième annonce, ce seront Jacques et Jean qui réagiront, moins frontalement que Pierre. Voilà donc l’enjeu de la discussion qu’ils ont en chemin à part du Seigneur, et qu’ils n’osent évidemment pas lui avouer en arrivant à la maison !

Que veut donc d’abord signifier Jésus avec cet enfant donné en exemple aux hommes aguerris sinon la nécessité de s’en remettre totalement à lui au lieu de prétendre lui en remontrer ? Le dignitaire et le responsable dans l’Église pourrait bien avoir toutes les qualités du monde, la puissance de travail et le talent d’entraîner les gens, s’il cesse de se tenir comme un enfant devant le Fils éternel comme devant son Père tout-puissant, il ne sera plus qu’une coque vide d’Esprit. Il aura beau agir et décider, signer des décrets et prendre des mesures, son œuvre ne sera que paille au regard du dessein de salut de Dieu pour le monde.

Jésus ne réprouve pas l’ambition, nous le verrons avec Jacques et Jean après la troisième annonce de la Passion. Il ne méprise pas les aptitudes humaines qui font le candidat apte à remplir les charges les plus élevées. Mais il nous rappelle que le seul acte décisif dont tout le reste dépend est le don de soi à l’image de son sacrifice sur la croix. La seule véritable façon de grandir aux yeux de Dieu sinon à ceux des hommes consiste à se laisser toujours plus dépouiller de soi, mortifiant tout orgueil et tout égoïsme dans la conduite de son existence, de manière à laisse le Christ lui-même grandir en soi et y prendre peu à peu toute la place. C’est pourquoi les épreuves et les expériences crucifiantes sont, plus encore que les promotions et les gratifications le lieu de la croissance spirituelle.

En somme, dans les hauts comme dans les bas de la vie, celui qui reçoit tout de la main du Père en enfant aimant et reconnaissant ne cesse de grandir dans le Royaume, à l’image de celui qui s’est fait le Serviteur très obéissant de Dieu en renonçant au rang qui l’égalait à lui. Et, du coup, ses « pieds d’Apôtre », c’est-à-dire son aptitude et sa crédibilité à porter l’Évangile au monde, grandissent plus encore.

Que je monte ou que je descende, si c’est avec lui, je grandis ! Rendons grâce pour la révélation de ce merveilleux secret de la Vie et vivons dès maintenant en enfants de la résurrection promise.