vendredi 1er novembre 2002 - Toussaint

Approchez.

Apocalypse 7,2-4.9-14 - 1Jean 3,1-3 - Matthieu 5,1-12
vendredi 1er novembre 2002.
 

Approchez.

De plus près, on entend mieux. C’est très important de bien entendre, surtout quand on ne voit rien.

En plein brouillard, dans la montagne, on se sent perdu. Le cœur bat, les oreilles bourdonnent, l’affolement vous jetterait dans le premier gouffre venu. Faites silence, laissez le calme revenir en vous, prêtez l’oreille. Et voilà que vous l’entendez : le murmure de la source est tout proche ! Allons, il suffit d’attendre. Bientôt le jour se lèvera et votre cœur se réjouira.

On vient nous dire : "Nos amis ont eu un accident : le père, la mère le petit garçon et la petite fille, ils sont tous morts, sauf la maman qui est dans le coma. Que peut-on espérer maintenant ? Comment annoncer la nouvelle à la jeune femme quand elle se réveillera ? Ne vaudrait-il pas mieux qu’elle ne se réveille pas ? Pourquoi n’est-elle pas plutôt morte ? Sommes-nous coupables d’avoir de telles pensées ?"

Bien sûr, d’abord, on se tait. Mais il est des silences lourds, vides et plats, chargés d’embarras et de désarroi, tandis que d’autres sont plus éloquents que beaucoup de mots convenus. Le silence doit murmurer : Écoutez ; entendez-vous celui qui dit "Heureux les pauvres, heureux ceux qui pleurent" ?

Lui s’est approché de toute souffrance, et la souffrance extrême est extrêmement proche de lui. Quiconque, alors, rend son cœur attentif à sa présence l’entend. Mais comment oserais-je dire cela si je ne n’entre d’abord dans le silence du respect et de l’humilité ? Et comment pourrais-je l’annoncer si je ne l’ai pas un jour éprouvé moi-même ?

Et si l’on me dit alors : "Mon Père, vous-même, vous ne doutez jamais ? Comment croire encore en Dieu quand on voit cela ?", là encore je garde le silence. Car le doute est incrédulité, et l’incrédulité est péché. Or, le péché est notre désastre le plus désolant, et notre mal le plus profond. C’est pourquoi là aussi, surtout là, le Christ des Béatitudes est tout près. Il a reçu le baptême de Jean, lui le Saint de Dieu, il a été fait péché pour nous. C’est pourquoi, du sein de nos doutes les plus noirs, nous devons encore nous disposer de toute notre âme à entendre sa voix qui annonce le salut à ceux qui étaient perdus.

La sainteté que nous fêtons aujourd’hui est celle des pécheurs qui se sont laissé approcher par Jésus et ramener par lui des chemins de perdition où ils étaient en peine.

Peut-être vous sentez-vous proches de certains saints, tandis que d’autres, par exemple parmi ceux que le Pape a canonisés récemment, vous semblent plus ou moins déplacés en si glorieuse compagnie ? Approchez. Approchez-vous d’eux. Écoutez ce que le pape en dit, méditez sur ce qu’ils ont fait ou écrit. Laissez, peu à peu, se révéler en eux, pour vous, la voix et le visage de celui qui s’est fait proche d’hommes et de femmes si divers par la culture, le tempérament et l’histoire, pour qu’ils soient tous habités, purifiés et sanctifiés par l’unique Esprit.

Chacun, à sa manière, nous fait deviner dans l’obscurité de nos jours d’ici-bas le jour de Dieu qui viendra. Considérez-les dans la foi, vivez comme eux avec le Christ toute épreuve et toute joie, alors votre cœur saura déjà le bonheur à venir, puisqu’il s’est approché.