Dimanche 21 octobre 2018 - 29e dimanche de l’année B - Journée mondiale de la Mission universelle de l’Église

Est-ce mieux à droite ou à gauche ?

Isaïe 53,10-11- Psaume 32,4-5.18-20.22 - Hébreux 4,14-16 - Marc 10,35-45
dimanche 21 octobre 2018.
 

En politique, cette interrogation pourrait nous embarrasser et nous mener trop loin. S’il s’agissait de notre assemblée, la question changerait de sens selon que l’on regarderait vers l’autel ou depuis l’autel, parce qu’alors la gauche et la droite s’inversent. C’est d’ailleurs pour cela que sur un bateau on parle de tribord et bâbord qui restent eux-mêmes dans tous les sens.

Et au Calvaire, valait-il mieux être crucifié à droite ou à gauche du Christ ? Nous avons en tête la version de saint Luc où l’un des malfaiteurs se convertit, mais il n’en est rien chez les autres évangélistes, en particulier en saint Marc que nous lisons cette année. C’est pourquoi l’étrange réponse du Seigneur qui ne se reconnaît pas le pouvoir d’attribuer ces places demandée par Jacques et Jean peut bien se comprendre en référence à cet événement de la Passion : ainsi, l’annonce du baptême à recevoir comme lui se renforce de cette allusion.

L’important ici, en somme, ce n’est pas la droite ou la gauche, mais les hauts et les bas. Jacques et Jean sont sûrement sincères quand ils répondent « nous le pouvons » à la question du Seigneur : ils sont résolus à souffrir ce qu’il faudra pour servir le maître et se montrer dignes de lui. Mais, comme les autres Apôtres, ils continuent à ne pas recevoir la parole du Christ dans sa radicalité, car ils ne peuvent admettre la perspective de la Passion avec ce qu’elle signifie d’horreur et d’humiliation. C’est pourquoi Jésus leur dit qu’ils ne savent pas ce qu’ils demandent. Sils avaient su, auraient-ils seulement pu accepter ?

Une dame me confiait récemment que la perte de son aîné avait obscurci toute sa vie, au point que parfois elle se disait que, si elle avait su, elle n’aurait peut-être pas voulu d’enfants pour s’éviter cette infinie souffrance. Tous nous sommes éprouvés à certains moments au point d’être tentés de penser que, si l’on nous avait demandé notre avis avant de nous donner la vie, et si nous avions su ce qui devait nous arriver, nous aurions peut-être décliné l’offre.

Or, la vie est un don et une mission. La recevoir du Dieu très bon et très aimant doit nous suffire pour l’accepter : notre confiance est en celui qui nous accompagne sur tous nos chemins et dans toutes nos chutes. Si nous tenons bon, soyons sûrs que, comme les Apôtres, au Jour du Seigneur nous n’aurons aucun regret : alors l’action de grâce sera parfaite et sans retour. Et si certains d’entre nous tombent sans paraître pouvoir se relever, notre confiance en la miséricorde du Tout-Puissant doit nous inspirer l’espérance invincible pour eux comme pour nous-mêmes. « Miserando atque eligendo », la devise intraduisible du pape François, signifie qu’en appelant Dieu fait miséricorde : il n’attend pas que nous soyons dignes de lui pour nous confier la tâche de vivre et de servir.

Puisque le Fils de l’homme est venu pour servir et non pour être servi, le culte que nous rendons à Dieu est surtout d’accepter qu’il nous rende ce service suprême de notre salut, obtenu par le sacrifice de celui qui s’est donné sur la croix en rançon pour la multitude. Alors, même si le service qui nous est demandé est de souffrir avec lui, nous rendons grâce d’avoir été choisi pour servir à sa suite. Le mystère de la béatitude du Christ, celle de sa communion avec le Père jusque dans les douleurs atroces du supplice, est trop profond pour nous. Mais nous croyons qu’il a vécu son offrande ultime comme un enfant tout contre la joue de son père, et qu’il nous offre de la vivre ainsi. Prions seulement en tout temps de manière à laisser le Christ grandir en nous au point d’y prendre toute la place : alors nous ne serons plus à ses côtés, mais en lui qui sera tout en nous.

La vie est meilleure, non pas à droite ou à gauche du Christ, mais en lui, en plein centre de Dieu, comme un enfant tout contre son cœur. C’est là et c’est ainsi que nous vivrons pour toujours.