Dimanche 7 avril 2002 - Deuxième dimanche de Pâques

Qu’est-ce qui vous donne à penser ?

Actes 2,42-47 - 1 Pierre 1,3-9 - Jean 20,19-31
mardi 7 mai 2002.
 

Qu’est-ce qui vous donne à penser ?

Voilà une belle expression, donner à penser. Une parole, des événements, vous amènent à vous poser des questions et à y entrevoir des réponses. La stimulation est nécessaire, mais il vous reste à faire ce qui vous revient : ne croyez pas que l’information puisse penser à votre place, comme le médias en donnent parfois l’illusion.

Ce qui me donne à penser, c’est, par exemple, le départ en retraite d’un prêtre. Nous avons fêté hier le Père Michel R. qui vient de nous quitter pour s’installer à la Maison Marie-Thérèse. Quel chemin que le sien ! Intellectuel épris de liberté, il a "fait" mai 68 dans une ville de province, ce qui l’a conduit en exil à Paris, d’abord à Notre-Dame des Champs puis ici, dans ce quartier où il fut heureux, bien que ce ne soit pas le Quartier Latin ! Et cela me donne à penser. Tant de vents l’ont éprouvé et agité, vents parfumés ou vents mauvais, qui auraient pu l’emporter comme ils en ont emporté tant d’autres. Pourquoi est-il resté ?

Quand je me pose de bonnes questions, j’aime bien aller voir dans l’évangile s’il ne s’y trouverait pas de bonnes réponses.

"Parce que tu m’as vu, tu crois", avons-nous entendu à l’instant. Mais, en grec, le petit mot oti traduit ici par "parce que" veut dire d’abord simplement "que". Quant à "tu crois", il rend un parfait qui se traduirait normalement par "tu as cru". On pourrait donc traduire, plus littéralement : "Tu as cru que tu me voyais." Ce n’est pas la même chose !

Dans cet épisode, Thomas, représente, en fait, tous les Apôtres. Ils ont connu Jésus dans la chair jusqu’à sa mort, et voilà qu’il se manifeste à eux ressuscité. Forts de ces expérience et de l’Écriture sainte qui est, pour eux, exclusivement ce que nous appelons "L’Ancien Testament", ils ont à reconnaître le Christ crucifié dans le ressuscité et, dans le mystère pascal de ce Jésus, la révélation du Fils de Dieu. C’est exactement ce qu’accomplit Thomas lorsqu’il tombe à genoux en disant : "Mon Seigneur et mon Dieu".

L’incrédulité de Thomas, pour être remarquable, n’est pas spécifique : tous les Apôtres ont douté après Pâques, au témoignage unanime des quatre évangélistes. Mais, ce qui est souligné en Thomas, c’est l’attachement indéfectible à la personne de Jésus, ce Jésus qui a été obéissant jusqu’à la mort de la croix. Son surnom, "Jumeau", signifie cette proximité qui tend à la ressemblance parfaite, dans la mesure où s’accomplit la conformation progressive de l’Apôtre à son Seigneur.

Ce que les Apôtres ont fait, à savoir recevoir la foi en reconnaissant le ressuscité, n’appartient qu’à eux : ils l’ont fait une fois pour toutes, en sorte que l’Église confesse, définitivement, "la foi apostolique" ou foi reçue des Apôtres. Et Thomas nous est donné en exemple de cette "œuvre de Dieu" primordiale. Vous comprenez maintenant, j’espère, qu’il est aussi prétentieux qu’absurde de déclarer : "Je suis comme saint Thomas, je ne crois que ce que je vois."

En réalité, nous qui ne voyons pas le Seigneur, nous ne pouvons croire que parce que les Apôtres ont cru qu’ils l’ont vu, et qu’ils ont cru en le voyant. Et nous croyons qu’ils l’ont vu, et nous croyons en lui forts de ce qui nous est donné : l’Ancien et le Nouveau Testaments, et l’expérience vivante de l’Église, habitée par l’Esprit de Jésus Christ.

La foi des Apôtres se transmet d’âge en âge dans l’Église à laquelle le Seigneur ajoute toujours de nouveaux enfants par le baptême, particulièrement en cette période pascale. Mais l’accueil de la foi est toujours un événement dont nous devons prendre notre part : comme aux Apôtres, bien que de manière différente, il nous est donné à croire ; encore faut-il que nous croyions.

Mais amis, qu’arriverait-il si une génération venait à manquer complètement à sa tâche ? Le Fils de l’homme trouverait-il alors encore la foi sur la Terre lors de sa venue ? Michel, prêtre de la Nouvelle Alliance en Jésus Christ, a tenu : il fait sa part du travail de sa génération, avec des hauts et des bas, comme les Apôtres. Comme Thomas, il est resté fermement attaché à la personne de Jésus, et il s’est laissé persuader à sa voix. Nous en rendons grâces.

Frères, nous devons faire notre part de l’œuvre de Dieu. Il ne sert à rien de se pencher avec nostalgie sur le passé. Il nous faut, au contraire, nous appuyer fermement sur lui pour, environnés d’une multitude de témoins, entendre le Seigneur ressuscité lui-même qui dit à chacun, par la voix de ses envoyés : "Cesse d’être incrédule, sois croyant."

Et, grâce à Dieu, parce que c’est lui qui nous donne à croire, nous croyons, de la foi même des Apôtres.