Dimanche 16 décembre 2018 - 3e dimanche de l’Avent, Année C

Si l’autre a plus que moi, c’est injuste. S’il a moins, ce n’est pas mon problème.

Sophonie 3,14-18a - Cantique Isaïe 12,2.4-6 - Philippiens 4,4-7 - Luc 3,10-18
Monday 17 December 2018.
 

Naturellement, les enfants pensent ainsi, et les parents d’efforcent de leur apprendre à se soucier d’autrui. Ils y sont aidés par la nature qui les porte aussi à s’attacher à leurs frères et amis, jusqu’à s’inquiéter des autres et pas seulement d’eux-mêmes. Toutes les cultures promeuvent la solidarité des membres du groupe qui implique une certaine justice distributive. Les inégalités de dons posent moins de problèmes quand, par exemple, la force physique de l’un profite aux autres : tous se réjouissent des talents individuels quand ils se mettent au service du collectif. Quant aux avantages des privilégiés, ils sont acceptables dans la mesure de leur utilité sociale. Les sociétés humaines promeuvent ainsi cahin-caha le bien commun et celui de chacun au fils de l’histoire et de ses bouleversements, et elles y réussissent plus ou moins tant la lutte pour juguler l’égoïsme et l’orgueil qui font rage au cœur de l’homme est constante et toujours renouvelée. Ainsi l’humanité s’efforce tant bien que mal de réduire en son sein la profonde injustice du monde, sans prétendre y parvenir parfaitement. Lorsque les hommes, notamment au 20ème siècle, ont prétendu faire mieux, appliquant résolument leurs idéologies de sociétés idéales, ils ont fait pire.

Pourtant, le Dieu d’Israël n’a pas laissé son peuple se contenter d’un pis aller. Il a commandé à ses fils : « Soyez saints, car moi je suis saint ! » Toute l’histoire de l’Alliance est celle de la poursuite de cet objectif, jamais atteint : les prophètes n’ont cessé de dénoncer l’infidélité des destinataires de la Parole, en premier lieu de ceux qui auraient dû guider leurs frères, les rois et les chefs, les prêtres et les scribes. Au temps de Jésus, l’affaire semblait entendue : Dieu avait perdu patience, il allait intervenir pour mettre fin à toute transgression de la Loi sainte. Tel est le sens de la prédication du Baptiste : votre dernière chance est de reconnaître humblement vos péchés, de cesser d’en commettre et de vous en remettre à la miséricorde du Très-Haut. Or, il n’y a pas de temps à perdre : le jugement est imminent et il n’épargnera aucun coupable impénitent. Du coup, bien sûr, le peuple reste en attente : il ne peut se satisfaire des injonctions de Jean qui reviennent à répéter les préceptes bien connus. Vivre enfin selon la justice élémentaire le cours délai qui leur était imparti ne leur suffisait pas, d’autant plus qu’ils pouvaient s’inquiéter d’échouer encore à les observer. Il leur fallait une autre perspective : un projet d’action pour hâter le Jour de Dieu, si possible en se mettant ainsi clairement de son côté. Mais le Baptiste n’a rien de plus à leur promettre, puisqu’il n’est pas le Messie : il ne peut qu’annoncer celui qui vient pour rétablir toute chose.

Jésus ne contredit pas Jean, bien au contraire il s’inscrira dans ses pas. Mais sa façon d’accomplir la parole du dernier prophète déconcertera tous ses contemporains : il prendra sur lui-même le châtiment dû aux pécheurs, il laissera tomber sur lui le feu promis aux coupables, afin de les racheter et de les gracier. Et, fruit de son sacrifice, il enverra l’Esprit Saint sur les croyants, l’Esprit donné pour la rémission des péchés et la sanctification des fidèles. Ceux qui entreront dans l’Alliance nouvelle ne cesseront pas d’un seul coup d’être tentés et de tomber parfois, mais ils vivront du pardon, en l’accueillant humblement et en le pratiquant entre eux et avec tous les hommes.

Voilà notre vocation baptismale et le chemin que nous devons prendre jusqu’à la venue du Seigneur dans la gloire. C’est ainsi que nous serons un signe d’espérance pour nos contemporains qui ont perdu tout simplement le sens de la société : ils n’y croient plus, et c’est une catastrophe. Mais si noir que soit le présent, nous gardons la foi : le Seigneur a vaincu le mal une fois pour toutes, et sa victoire ne fait pas de doute à la fin des temps. Nos ne prétendons pas être plus justes par nous-mêmes que les autres hommes, mais nous ne perdons pas la flamme du désir d’un monde plus solidaire et digne de notre Père qui est aux cieux. Dans l’imperfection de notre époque comme à toutes les périodes de l’histoire en crise, nous proclamons que Dieu a fait toutes choses bonnes pour que les hommes lui rendent gloire en les partageant. Tel est le motif de notre joie que rien ne pourra éteindre jusqu’à la fin du monde.