Nuit du Lundi 24 au Mardi 25 décembre 2018 - Nuit de Noël

Il était une fois un bon roi

Isaïe 9,1-6 - Psaume 95,1-3.11-13 - Tite 2,11-14 - Luc 2,1-14
mardi 25 décembre 2018.
 

Bien sûr, instantanément vous pensez qu’un conte de fées s’annonce. Pourquoi ? Parce que je commence par « Il était une fois » ? Ou parce que c’est Noël ? Non, mais parce que je dis qu’il y avait un bon roi, et cela ne se trouve que dans les contes de fées, hélas !

Au côté du bon roi siège une reine aussi sage que belle qui gouverne avec douceur le cœur tout épris de son mari, obtenant son profond respect non moins que celui des conseillers vertueux dont il s’entoure chaque jour. Pour leur joie, le palais s’anime au passage de princes vigoureux et de ravissantes princesses qui font leur honneur et leur gloire aux yeux de tous. Et le peuple nombreux, florissant sous ce soleil de justice et de paix, rend grâce pour tant de prospérité au Dieu puissant qui lui a donné un roi si bon.

Où trouverons-nous un tel tableau idyllique, à part dans les livres pour enfants ou sous la plume des poètes courtisans ? Sans doute verrons-nous dans l’histoire de France et d’ailleurs des figures remarquables, méritant la considération des générations. Sûrement parmi vous se trouveront des admirateurs, voire des partisans ou même des descendants de certains monarques d’heureuse mémoire, mais qui pourra soutenir que l’un d’eux échapperait à toute critique juste ? Saint Louis lui-même nous est donné à vénérer pour ses vertus chrétienne et l’œuvre admirable que l’Esprit Saint accomplit en sa vie, mais ses actions furent-elle celles d’un règne parfait ?

D’ailleurs, s’il est un roi dont on attendrait qu’il réalisât l’idéal aux yeux des hommes et de Dieu, n’est-ce pas David, héros et poète, vaillant dès sa jeunesse et vainqueur du géant, fléau de ses ennemis mais cœur tendre jusqu’à la faiblesse pour les enfants de sa chair et leurs mères qu’il aima. Qu’il aima, hélas, parfois jusqu’à la déraison et la trahison, jusqu’aux pires abus de pouvoir, ainsi que le pape François le relevait tout récemment dans son discours des vœux à la Curie. Quel étrange paradoxe, et quelle déception, de voir ainsi celui qui obtint pourtant l’honneur insigne de devenir le type du Messie, au point que le Seigneur Jésus lui dût d’être nommé Fils de David, illustrer aussi le pire des péchés dans lesquels peuvent tomber les puissants de ce monde !

Qu’est-ce qui valut finalement à David, non seulement d’échapper au châtiment qu’il méritait, mais encore de rester glorieux dans la mémoire du peuple de Dieu, sinon qu’il crut à la miséricorde du Très-Haut, qu’il avoua son péché et reçut humblement son pardon ? En somme, il eut foi d’avance en celui qui sauve le monde, le Fils éternel de Dieu venu en notre chair, fidèle à l’amour de son Père pour notre humanité déchue jusqu’à la racheter par son sacrifice sur la croix. C’est pourquoi, frères et sœurs, chers amis, la même foi nous vaut aujourd’hui la même grâce : celui qui adore le nouveau-né de la crèche en y reconnaissant le signe de l’amour sauveur du Dieu Tout-Puissant et qui vit selon cet Évangile mérite à son tour le rang royal. Il est roi de son propre cœur, le fidèle qui aime Dieu et son prochain en actes et en vérité. Et son humble attachement au Seigneur ouvre la fontaine de l’Esprit en ce monde pour tous les pécheurs, ses frères et ses semblables.

Voyez le nouveau-né couché dans une mangeoire, vous qui allez le recevoir en nourriture de vie éternelle : ce n’est pas un conte de fées ! Reconnaissez-vous indignes de lui mais accueillis quand même avec la tendresse du Père pour les enfants de sa chair. Et puis devenez ce que vous aurez reçu : les bien-aimés du seul bon roi d’Israël et de l’univers, princes et princesses rayonnant de sa joie au milieu d’un monde qui attend une lumière nouvelle pour en dissiper les ténèbres et lui ouvrir un âge de justice et de paix, de fraternité et de prospérité pour les siècles des siècles. Amen.