Mardi 25 décembre 2018 - Jour de Noël

Un corps, pour quoi faire ?

Isaïe 52,7-10 - Psaume 97,1-6 - Hébreux 1,1-6 - Jean 1,1-18
mardi 25 décembre 2018.
 

Nous fêtons l’incarnation du Fils de Dieu : mais pourquoi un pur esprit prendrai-il un corps ? Ne rêvons-nous pas nous-mêmes plutôt parfois d’être débarrassé de ce poids pour entrer dans une liberté parfaite et sans limites ? Quelle idée chez celui qui en jouit de toute éternité, de revêtir ainsi notre chair de faiblesse !

J’ai dit « revêtir » : la métaphore, en effet, est classique. Il s’agit même d’une analogie : le corps serait à la personne ce que le vêtement est au corps. Or, la façon dont nous nous habillons est un message adressé aux autres. Comme une parole exprimée dans un langage, elle est un assemblage de signifiants qui se réfère à des codes : homme ou femme, jeune ou vieux, en uniforme ou en civil, et bien d’autres différences structurent la « phrase » et permettent de l’interpréter. Bien sûr, les circonstances commandent aussi nos choix, en particulier la saison et le temps qu’il fait : l’élégance relève d’abord de l’adéquation à ces conditions.

Mais il ne s’agit pas seulement du paraître, nous nous habillons d’abord simplement pour nous protéger : du froid, évidemment, des agressions liées aux intempéries ou à l’activité pratiquée, ou encore du regard d’autrui qui peut se faire dangereux ou offensant. Car le corps est vulnérable : Il peut souffrir, vieillir et mourir. Et puis il éprouve toutes sortes de nécessités, en particulier celle de manger. Mais, que dis-je ? Si l’on excepte les cas de famine ou de misère qui réclament l’urgence des secours du ciel et de la terre, manger n’est-il pas d’abord un plaisir ? Qui plus est, un plaisir augmenté d’être partagé, comme nous l’éprouvons bien vivement en ces jours de fête.

Non seulement le repas en commun réjouit les cœurs, mais encore il construit et approfondit l’unité de ceux qu’il rassemble. En somme, tandis que se nourrissent les corps, le corps social se bâtit. Heureux ceux qui en font l’expérience habituelle en famille ou entre amis, voire dans des groupes plus larges. Un aspect essentiel de notre misère spirituelle moderne, qui explique en grande partie les manifestations et les désordres actuels, est la perte du sens de la société, et donc un affaiblissement très grave de la conscience de notre humanité. Le vêtement du corps social, ce sont la culture partagée, la communauté de destin et les diverses institutions qui l’illustrent et le protègent.

Le corps est pour la communication et la communion. Corps personnel ou corps social, il souffre toutes sortes de maux qui relèvent ultimement du péché qui est entré dans le monde, c’est-à-dire de tout ce qui s’oppose à l’amour et l’offense. Le Fils de Dieu a pris un corps semblable au nôtre pour pouvoir souffrir et mourir avec nous jusqu’à vaincre le mal et ressusciter pour notre sanctification. Il est né dans une mangeoire pour annoncer que ce corps qui lui était donné, il le donnerait aux hommes en nourriture de vie éternelle. Ce corps qu’il a pris un jour du Temps, il le garde pour l’éternité puisqu’il qu’il s’est assis ressuscité à la droite de Dieu : n’allons donc pas rêver de nous débarrasser du nôtre, mais laissons plutôt le Christ le transfigurer dès maintenant par l’amour.

Dieu a pris un corps pour nous dire, en Parole dans le langage de l’Évangile et en actes jusqu’au sacrifice suprême, son amour infini. Il a pris chair de notre chair pour vivre en homme l’Amour de Dieu jusqu’au bout, afin que nous le vivions nous aussi aujourd’hui et pour toujours.