Dimanche 13 janvier 2019 - Baptême du Seigneur Année C - « Fête des baptisés »

Personne ne peut être toujours de bonne humeur

Isaïe 40,1-5.9-11 - Psaume 103,1-4.24.25.27-30 - Tite 2,11-14 et 3,4-7 - Luc 3,15-16.21-22
Sunday 13 January 2019.
 

Pourtant, l’on parle d’égalité d’humeur pour qualifier quelqu’un qui ne se laisse pas aller à la colère et se montre toujours calme. Cela ne se dit jamais, en revanche, pour un éternel grincheux ! Pourtant, par exemple, bouder, faire la tête, c’est refuser durablement de parler et persister dans une mauvaise humeur affichée. Paradoxalement, celui qui boude se plaint qu’on ne l’écoute pas, c’est pourquoi, « puisque c’est comme cela », il ne parle plus. Mais il ne laisse donc alors aucune chance aux autres de se mettre à l’écouter !

Au temps de Jésus, le peuple pensait que Dieu se taisait depuis 5 siècles : plus un mot depuis les derniers prophètes, Zacharie et Malachie. Notez au passage que justement le père de Jean-Baptiste se nomme Zacharie lui aussi. Toujours est-il que la voix du Seigneur ne se faisait plus entendre, tout au plus en percevait-on parfois un écho, « la fille de la voix » disait-on. Serait-ce que le Très-Haut, las de ne pas être écouté, aurait pris le parti de bouder ? En tout cas, le récit du baptême de Jésus se comprend sur le fond de cette tradition : voilà que le ciel s’ouvre et que la voix de Dieu se fait entendre !

Mais le baptême de Jésus par Jean n’est que la prophétie de la plongée dans la mort qui l’attend ; et la descente de l’Esprit sur le Christ remontant des eaux préfigure la résurrection qui suivra. Ici, l’évangéliste Luc nous présente Jésus en prière : toute sa vie, culminant dans le sacrifice de la Pâque est une prière, c’est-à-dire un dialogue amoureux et fervent avec le Père auquel il s’offre tout entier. Or, au moment de la mort du Seigneur, le ciel ne s’ouvrira pas et aucune voix ne viendra du ciel en réponse au dernier soupir du supplicié, que saint Marc explicite en : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ». C’est qu’à ce moment, dans l’union parfaite du Père au Fils en l’Esprit, la voix de Dieu et celle de l’homme se confondent pour former la prière parfaite. C’est pourquoi l’on remarque avec raison que les mots en apparence désespérés du Sauveur citent le Psaume 22 dont la deuxième partie s’ouvre par « Tu m’as répondu » et déroule une immense action de grâce pour le salut.

Baptisés dans la mort et la résurrection du Seigneur, nous sommes appelés à la même vie que lui, c’est-à-dire à un perpétuel dialogue amoureux et fervent avec le Père auquel nous nous offrons tout entiers jusqu’au sacrifice de nous-mêmes. N’allons jamais bouder au motif que le ciel semble fermé et dire : puisque Dieu ne répond pas, je ne lui parle plus ! Au contraire, dans les pires moments, sachons crier comme Job : « Vois Seigneur, je déteste cette vie et je préfèrerais ne pas être né », car nous serons écoutés. Et à l’heure de la mort, si elle semble amère : « Tu m’as abandonné », car nous serons alors déjà exaucés dans notre désir d’être accueillis. Dieu parle toujours en l’homme qui prie, même s’il paraît ne pas répondre à son angoisse, comme ce fut le cas pour le Seigneur au jardin de Gethsémani, à la veille de sa passion.

Que chacun prie en tout temps selon son humeur, qui ne peut être toujours bonne, et tous ensemble nous serons accueillis comme un seul Fils bien-aimé et comblé de tout par le Père. Faisons ainsi de l’Église un flot continu de prière et Dieu répandra sur ce monde et sur nous des torrents de grâce.